Illustrations: Robin Salomé

Le jour où l’Europe a vu partir ses premiers boat-people

Italie, novembre, un mois après l’éruption, le douloureux départ sur des paquebots de croisière reconvertis, de la première vague de réfugiés climatiques, triés pour leur couleur de peau: blanche!

L’hydravion survole le pays à basse altitude. Casque radio relâché autour du cou, les yeux balayant les petits cadrans bombés du tableau de bord, Mike délaisse un instant les commandes. Il pose une main sur la joue de Virgile, lui caresse le dos, la nuque. Une autre main le rejoint, celle de Lola qui se tient derrière eux, entre les deux sièges, elle a détaché ses cheveux, elle chante quelque chose de très agréable, elle aussi veut sentir le corps de son fils, le toucher – beau pinson si tu voulais ne plus courir la campagne, avec moi tu resterais et toujours je t’aimerais…

Assise en tailleur à côté de la mère de Virgile, mains rentrées à l’intérieur d’un sweat de garçon, Nora regarde par le hublot. Sous la carlingue, le noir des champs et le gris des collines fait place au blanc des glaciers, majestueux. Ce sont les Alpes ? Les montagnes ont-elles fait barrage aux cendres ? Est-il possible que la Suisse soit toujours ce pays vert qu’elle n’aurait jamais dû quitter ? Nora se retourne pour vérifier si Vasko dort toujours. Sur la troisième rangée de sièges, étendu sous une veste d’aviateur en cuir clair, le jeune homme a les paupières baissées. S’ils étaient seuls, si les parents de Virgile n’étaient pas juste à côté d’eux, elle s’étendrait près de lui, tout le long de son ami, lui embrasserait le visage, le serrerait étroitement. Il semble si paisible.

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