Robert Neuburger dans son cabinet à Genève. Photo: Emile Costard
Le psy qui vous a compris | épisode № 02

Où l’on découvre l’enfance cachée du psy né en 1939

Pour la première séance, Robert Neuburger me donne rendez-vous dans l’appartement qu’un ami lui prête lors de ses passages à Paris une fois par mois, quand il vient superviser un groupe de psychothérapeutes. Le deux pièces chaleureux -parquet, tapis moelleux, rideaux épais-, se trouve sur l’Ile Saint Louis et donne sur une cours calme. A quatre cents mètres, Notre-Dame est encore entière. La machine à café, elle, est en panne. Le psychanalyste peut parler deux heures sans boire une goutte tellement il est concentré aujourd’hui, préoccupé même, on dirait qu’il voudrait que le temps passe plus vite. Je viens pour comprendre comment il a forgé cette pensée thérapeutique; il tient à parler de son enfance, il s’en fait même un devoir. Il a de lourds souvenirs à partager. Emile Costard, photographe et caméraman, est venu filmer pour accompagner la série. Dès que le coup d’envoi est donné, le psychanalyste plonge sans plus nous regarder. Un gouffre s’ouvre devant lui au pied du canapé.

«Je suis né -il faut quand même le dire- en décembre 39. Ce n’était pas une très très bonne idée. Mes parents étaient réfugiés d’Allemagne. Mon père était donc considéré en France comme un ennemi et il a dû s’engager dans la Légion étrangère. Il a été envoyé en Afrique du Nord. Parce que le choix était le suivant: soit la Légion, soit des camps de regroupement pas très sains. Ma mère s’est retrouvée enceinte, seule, à Paris. Il y avait des Allemands dans les rues. Elle est partie pour un premier exode, puis un deuxième, jusqu’à Perpignan, en zone libre. Les Français ont signé l’armistice. Il n’y avait plus d’armée. Mon père a été relâché. Il a retraversé la Méditerranée, il a rejoint ma maman et moi-même à Perpignan et, de là, nous sommes montés -il n’y avait plus de zone libre à ce moment-là- dans l’Aveyron, dans un petit village, Bertholène, à la limite du Cantal. Ça a été quelques années extrêmement difficiles.»

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