A 3500 mètres, les skieurs terminent le chemin à pied pour rejoindre le métro alpin de Mittelallalin. | HD / LM

A Saas-Fee, on dirait que ça gêne de marcher dans la boue

La créature mesurait 27 mètres de haut. Cet hiver-là, sur le glacier, elle fût sacrée plus grand bonhomme de neige du monde, faisant la fierté des habitants de Saas-Fee et le bonheur d’un petit garçon. Fabian Reymond avait cinq ans. Comme ses frères, le fils de la légende du ski Erika Hess et de Jacques Reymond a grandi sur le glacier dont il dévalait les pentes chaque été. Il y a vécu les joies de la poudre au mois d’août et les départs en cabine à l’aube. Mais là-haut, aujourd’hui, la neige manque. A 33 ans, Fabian Reymond ne le sait que trop. Devenu pilote d’hélicoptère pour Air-Glaciers, il assiste à la métamorphose des sommets depuis les nuages.

Publié le 01 septembre 2022 17:53. Modifié le 05 septembre 2022 09:48.

Le pas lourd, le dos courbé, ils portent leurs skis, comme naguère le meunier ses sacs de farine. En cette fin de mois d’août, sur le glacier de Fee, les athlètes n’ont d’autres choix que de déchausser, les pieds dans une boue neigeuse, avant de regagner le métro alpin quelques dizaines de mètres plus haut, deux ou trois paires de lattes sur les épaules. Derrière eux, le paysage stupéfie, sculpté par mille nuances de gris et de beiges. La neige épouse la roche ou peut-être est-ce la roche qui épouse la neige. On ne sait plus.

Il faut aller chercher du regard le sommet de l’Allalinhorn, tout là-haut à 4027 mètres, pour enfin tomber sur un blanc étincelant. Les skieurs, eux, taillent des courbes sur des pistes plus dénudées. Même à 3500 mètres d’altitude, la neige manque. Celle des rares pistes ouvertes «est très sale», relevait récemment la superstar américaine Mikaela Shiffrin, présente dans la station, comme beaucoup d’autres compétiteurs, pour préparer la saison. Des retrouvailles en toute intimité puisque, pour la première fois cet été, la station est fermée aux non professionnels à cause du manque d’enneigement.

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