Antti Yrjönen pour Heidi.news

Voyage au pays où l'école est reine

«La Finlande, c’est votre pot de miel!» C’est par cette formule imagée qu’un matin de septembre, notre rédacteur en chef Serge Michel a scellé l’affaire. Avant d’ajouter: «C’est là que l’on trouve des écoles sans notes, sans devoirs, qui ont renoncé aux silos des disciplines scolaires. Il faut absolument y aller, et plutôt deux fois qu’une. D’ailleurs, allez-y à deux, et restez une semaine entière!»

Dans notre petite rédaction, où les reportages à l’étranger sont rares, tant d’enthousiasme a surpris. «Quoi? Vous partez à deux? Une semaine entière?», ont réagi les collègues... histoire de nous mettre la pression à Helsinki.

La pression est retombée à la première rencontre, au saut du lit. Non, ce n’était pas un grand barbu nordique, mais un Américain jovial, la cinquantaine, au café Fazer devant une tourte carélienne: du riz sur du pain de seigle à tartiner avec un mélange de beurre et d’œuf dur, le «comfort food» finlandais par excellence.

Entre William Doyle et la Finlande, le coup de foudre a été immédiat (il en parle ici). Bill est écrivain et producteur à succès pour HBO et d’autres (plus de 25 livres et 100 programmes, quand même). Arrivé ici comme nous pour étudier le système d’éducation, il a fini par convaincre sa femme et son fils de 14 ans de le rejoindre, ébloui par ce qu’il y avait trouvé: un système où les établissements privés sont quasiment absents, où les enfants commencent l’école à 7 ans, mangent gratuitement à la cantine et ont moins d’heures de cours que la plupart des écoliers de la planète, tout en dominant les classements internationaux. Un monde fascinant où une place en crèche (elles sont ouvertes 24/7) est un droit et ne coûte presque rien. «So beautiful!»

Bill fait régulièrement visiter des écoles finlandaises à ses connaissances. «Un de mes amis directeur d’école à New York a pleuré chaque jour de son voyage. Je l’ai emmené dans un centre de formation pour les enseignants. Il a vu des enfants manier des chalumeaux en cours de céramique et un étudiant à l’allure de grand motard faire de la couture. Les Finlandais considèrent que le risque de faire ses propres expériences pour gagner en confiance est quelque chose de sain.»

Derrière cette anecdote se cache une première révélation: en Finlande, les profs sont rois et ce, dès la formation. Les enseignants ont droit à leur propre teacher training school, l’équivalent chez nous des hôpitaux universitaires pour les étudiants en médecine. Ces établissements servent à la fois d’école publique pour les enfants, de terrains de recherche et d’expérimentation pour développer les méthodes d’enseignement de demain. Une usine à professionnels enthousiastes, au top de la recherche et autonomes.

Passé le diplôme (un master au minimum, s’il vous plaît!), les enseignants sont incités à cultiver leur «intelligence collective», s’est encore enthousiasmé William Doyle. «Leurs salles des maîtres ne ressemblent à aucune autre. Ce sont des lounges avec des machines à café dernier cri, des bibliothèques, des canapés et parfois même des saunas.»

Parce qu’ils sont bien formés et jouissent d’un statut unanimement respecté, les enseignants ont tout le pays derrière eux. Et devinez quoi? Ça fonctionne. La Finlande fait bloc derrière son école: Etat, parents, élèves et enseignants regardent tous dans la même direction. Pour que les enfants grandissent sans la crainte de l’échec permanent, pour qu’ils deviennent des citoyens éduqués, bien dans leurs baskets. «Les Finlandais ont même une journée nationale de l’échec. Ok, ce n’est pas Noël, mais quand même, c’est un concept», a conclu Bill.

Voilà que nous tenons l’un de nos premiers sujets: les profs! Nous avons donc sauté dans le train pour partir à la rencontre de ceux de l’école de Tapainlinna, dans la petite ville d’Hyvinkää, une heure au nord d’Helsinki.

En chemin, nous avons croisé des Finlandais de tous âges, flattés par notre curiosité et qui ont accepté de nous livrer les meilleurs et les pires souvenirs de leur parcours scolaire. D’intrépides entrepreneurs qui tentent de propager la bonne parole éducative finlandaise à l’étranger. Nous avons croisé aussi des spécialistes de la petite enfance qui nous ont dévoilé pourquoi les crèches du pays sont si particulières: autant commencer par le commencement: ce sera le premier épisode de cette saga finlandaise, la première cuillère de miel!

Et, last but not least, nous avons découvert la figure historique d’un étonnant pasteur luthérien, considéré comme le père fondateur du système scolaire finlandais, qui est allé chercher l’inspiration… en Suisse. Mais c’était il y a longtemps.

Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.