Au Collège des Geneveys-sur-Coffrane, dans le Val-de-Ruz. Photo: Eddy Mottaz pour Le Temps et Heidi.news

«Je vais en parler à l’école de mes enfants»

Pour écrire sur l’école, ne faudrait-il pas demander à des parents d’élèves, des enseignants et des enthousiastes de cette thématique de nous accompagner? Alors que germait le projet d’une exploration sur les solutions pour repenser l’éducation dans la tête de notre directeur éditorial Serge Michel, s’y est greffée cette idée que toute journaliste soucieuse de son indépendance commencera par accueillir par un soupir de dépit.

Une personne de plus en reportage, alourdir le dispositif, à quoi bon? A moins que… «Réinventer l’école», c’est un vaste sujet. Confronter les points de vue lors de rencontres sur le terrain et y puiser des nouvelles pistes à explorer, au fond, ne serait-ce pas un moyen original de donner du souffle à cette ambitieuse entreprise?

C’est ainsi que pour le premier article de la série (à lire ici), dans le canton de Neuchâtel, Yarom Ophir, un participant à notre grand débat sur l’école du 6 mars dernier en partenariat avec le FIFDH et Le Temps, nous a rejoints avec la casquette de parent d’élève. Ce père de trois enfants scolarisés à l’Ecole internationale, un établissement privé de Genève, a lui-même connu un parcours scolaire chahuté, entre public et privé. Aujourd’hui entrepreneur, passionné d’éducation «sur les cinq continents», il résume son passage au cycle d’orientation dans les années 1980 par un laconique «c’était chaud».

Une semaine après la visite, il se dit «super impressionné» par le Cercle scolaire du Val-de-Ruz. «Dans le secteur public, on entend souvent les gens se plaindre du manque de soutien économique et politique. Mais là, pas du tout. J’ai adoré l’attitude du directeur. Il est proactif, très posé. Je côtoie beaucoup de chefs d’entreprises. Finalement, directeur d’école, ce n’est pas si différent. Il part du principe que la politique n’est pas un obstacle si on ne lui demande rien.»

Quant au prof de math, on sent qu’il n’a pas besoin de se montrer autoritaire, souligne Yarom Ophir. «La classe fonctionne plutôt sur un esprit de cohésion. Il nous a sorti le livre de Salman Khan, ‘L’éducation réinventée’, un ouvrage que tous les ministres de l’éducation devraient lire. Comme son directeur, il ne se plaint pas, il est positif, il innove. J’ai vraiment senti la flamme, très loin de l’image de ‘planqué’ que l’on peut parfois avoir de l’enseignement public.»

Au Collège de La Fontanelle, à Cernier, dans le Val-de-Ruz. Photo: Eddy Mottaz pour Le Temps et Heidi.news

Yarom Ophir ne tarit pas d’éloges sur la propreté du bâtiment, «pourtant pas tout neuf, mais qui sent la fraîcheur et l’épanouissement», sur l’entrain des adolescents pour un cours de sport en extérieur, sur la «perfection» de l’exécution d’un poulailler (il a un point de comparaison: il s’est lancé en famille dans une opération similaire, que l’on devine mouvementée).

«Un projet de géométrie, qui devient un projet de travaux manuels, pour se transformer en mission d’entretien à long terme qui responsabilise les élèves et en entrepreneuriat avec la vente des œufs, c’est passionnant. Ce genre d’initiatives ne coûtent pas grand-chose et devraient être beaucoup plus répandues. J’ai d’ailleurs l’intention d’en parler à l’école de mes enfants.»

Un autre aspect a frappé le Genevois. Dans la classe de primaire que nous avons visitée, il a échangé avec un groupe de quatre filles, toutes issues d’une deuxième génération de migration. «Mais on voit que ce n’est pas un sujet. Elles sont parfaitement intégrées, et ont même été choquées que je leur pose la question. Je trouve ça réjouissant.»

Yarom Ophir est rentré de sa matinée dans le Val-de-Ruz «emballé», mais avec de nouvelles interrogations, notamment en comparant la situation à celle de Genève. «Cette liberté pour un établissement de faire son chemin différemment tient-elle au fait qu’il se trouve dans une zone plus rurale et suscite peut-être un peu moins d’attention? Le directeur a raconté que les parents des meilleurs élèves sont ceux qui questionnent le plus sa démarche. Est-ce que dans une ville comme Genève, où la proportion de parents diplômés est plus importante, procéder ainsi deviendrait ingérable? Si on laisse les professionnels faire leur travail, c’est sûr que c’est plus simple. Au final, je suis aussi rentré un peu triste, parce que cette école se trouve à 1h30 de route de chez moi.»