Dessin: Pitch Comment pour Heidi.news

Racisme: La Suisse doit se regarder en face

«Un pays qui compte 39% de personnes issues de la migration ne peut être raciste», «Le problème est américain ou français, mais en tout cas pas suisse!».Vous avez déjà entendu ces affirmations? Sur une idée de l'association GVA2, Heidi.news lance une grande enquête pour explorer comment la police, la justice, ou les entreprises, entre autres, peuvent être vecteurs de discriminations racistes et xénophobes, en Suisse aussi.

Publié le 21 janvier 2023 05:57. Modifié le 26 janvier 2023 11:33.

La Suisse est raciste.

Certes, beaucoup d’habitants de notre pays ne sont pas des racistes convaincus, violents, ou même conscients. Mais lorsqu’une école ne protège pas un élève victime de racisme et le punit lorsqu’il réagit, c’est du racisme. Lorsqu’un juge suppose que la personne noire qui lui fait face est le prévenu et non l’avocat, c’est du racisme.

Les «Boubous»

Lorsqu’un patron fait passer, même inconsciemment, un CV sous la pile parce que le profil n’est pas 100% suisse, c’est du racisme ou de la xénophobie (l’enquête que Heidi.news lance aujourd’hui traitera des deux). Lorsqu’une banque bloque un virement d’un citoyen suisse, parce qu’il a un nom à consonance étrangère, c’est du racisme.

Et que dire de la police, où le profilage racial est parfois assumé? Certains agents n’hésitent pas à qualifier les personnes noires de «Boubous».

Lire aussi: Lexique: les mots du racisme

Les biais sont présents dans notre société suisse comme ailleurs, malgré notre tradition humanitaire, notre rêve de neutralité et d’îlot préservé des maux du monde.

L’idée de cette enquête n’est pas de susciter la contrition, mais bien de poser un diagnostic clair. Vous allez découvrir une vingtaine d’articles qui détaillent comment le monde du travail, la police ou encore la justice, entre autres, peuvent être vecteurs de discriminations.

304 rapports oubliés

Pour s’en rendre compte, il faut dépasser la croyance en une exception suisse, et que des pays comme les Etats-Unis ou la France auraient le monopole du racisme. En commençant par écouter les personnes concernées, en interrogeant les professionnels qui traitent du sujet et en se plongeant dans les nombreux rapports, ignorés pour la plupart.

Selon celui du Swiss Forum for Migration and Population Studies, mandaté par le Service fédéral de lutte contre le racisme, 304 études livrent des éléments de preuve de l’existence d’un racisme structurel en Suisse.

L’un des problèmes, en Suisse, est l’absence de dispositions dans le droit civil pour sanctionner la discrimination raciale au quotidien, à l’embauche par exemple.

Une loi inutile

Mais notre norme pénale contre le racisme est aussi en cause, puisqu’elle s’avère presque inutilisable – nous y reviendrons en détail. La Confédération a dû l’adopter en raison de son adhésion, très tardive, à la Convention de l’ONU sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. A la suite d’un référendum et d’un débat mouvementé, en 1994, la Suisse a intégré au code pénal le fameux article 261 bis contre le racisme. Avec 54,6% de oui.

Pourtant, en 2022, un passager peut traiter une contrôleuse CFF de «Sénégalaise de merde»… et échapper à toute condamnation pour racisme. Une réalité qui contribue aussi à l’invisibilisation des actes racistes en Suisse.

Admettre que la Suisse n’est pas fondamentalement meilleure que ses voisins en ce domaine écornerait la carte postale du pays «idéal». Ce serait toutefois reconnaître la réalité vécue par nombre de nos concitoyens, comme vont le détailler les épisodes à paraître. Et cela permettrait de se concentrer sur les solutions au lieu de débattre de l’existence du problème.

Pour l’admettre sans ambages, il faut du courage. L’aurons-nous?