Dafna Caspi, chargée des ressources humaines, qui regarde avant tout la partie militaire des CV. Vue par Dimitri Procofieff pour Heidi.news

Pour un job en Israël, c'est l'armée qui fournit les meilleurs CV

Secret de polichinelle chez les RH de l'Etat hébreux: l'unité dans laquelle les candidats ont servi au sein de Tsahal est plus importante que les études et autres compétences. Avec au sommet l’unité 8200, service d’élite du renseignement et fournisseur officiel de hackers.

Publié le 07 avril 2022 05:55. Modifié le 08 avril 2022 08:11.

«Alors, c’était comment de servir dans l’unité 8200?» A la question tirée comme un missile, Walid manque de s’étouffer dans son knafeh, cette pâtisserie arabe qui fait tomber des deux côtés de la chaise (expression locale pour évoquer sa puissance calorique). Comme nos enfants jouent ensemble, il nous a invités à prendre un café dans son village, un vendredi matin. Cela tombe bien: ce quadragénaire tiré à quatre épingles m’intriguait. Accro aux nouvelles technologies et jouissant d’un statut socio-économique élevé: son profil correspond à celui d’un vétéran des cyber-unités qui façonnent la scène israélienne de l’innovation. D’où ma question. Touché. Se voyant débusqué, il finit par accepter de se confier un peu, à condition que je ne révèle ni son identité, ni sa fonction.

Walid fait partie de la communauté druze, une minorité au sein de l’islam qui compte environ 130’000 personnes établies dans une vingtaine de villages du nord d’Israël. Les Druzes, également présents au Liban et en Syrie, possèdent leur propre drapeau, leurs traditions et font d’excellents militaires. «Nos sages ont déclaré que le service à Tsahal était obligatoire dès que nous avons obtenu la nationalité israélienne en 1948. Comme les juifs, nous sommes minoritaires dans le monde arabe. Ils avaient besoin de nous, nous d’eux, et cette alliance visionnaire a transformé notre destin», explique Walid.

Infiltrer les systèmes informatiques

Recruté à l’âge de dix-huit ans dans une unité technologique alors qu’il n’avait pas de connaissances préalables, l’homme acquiert «sur le tas» un savoir extrêmement spécifique. «Il fallait comprendre les outils, mais aussi la dynamique de l’écosystème et la finalité du job. C’était très intense, d’autant plus qu’on était évalués en permanence», dit-il. Après avoir terminé son service militaire, il travaille pour une entreprise spécialisée dans la vente de technologies répondant aux besoins spécifiques de l’armée. «Il s’agissait d’améliorer l’infiltration des systèmes informatiques. De fait, nos outils ont eu un grand impact sur le fonctionnement de Tsahal avant d’être commercialisés aux civils quelques mois après mon arrivée», explique l’ancien espion, sans en dire davantage.

Issu d’une communauté méconnue de la majorité juive, la réussite de Walid révèle à quel point l’armée peut faciliter l’accès aux meilleures positions du marché du travail. «Quand j’ai quitté l’uniforme, j’imaginais qu’il me faudrait devenir serveur dans un restaurant le temps de trouver un vrai boulot. En réalité, j’ai mis une semaine à trier les propositions envoyées par des entreprises. Lorsque je n’avais pas les qualifications requises, les recruteurs me disaient: ce n’est pas grave, on va te former. La méfiance qu’aurait pu susciter mon identité druze a été dissipée par ma réussite militaire», souligne-t-il.

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