A 33 ans, le développeur Amir Taaki est réputé pour ses compétences dans le domaine de la cryptographie. | DR

EXCLUSIF – La star de Bitcoin Amir Taaki s'installe à Neuchâtel

Autodidacte de génie né à Londres et codeur vagabond, ayant combattu au Kurdistan contre Daech et imaginé des camps de hackeurs en Espagne, Amir Taaki est une grande figure mondiale du mouvement Bitcoin. Heidi.news est en mesure de le révéler: il vient de s'installer à Neuchâtel, où il participera à une communauté crypto déjà très active. Il y développera aussi un projet révolutionnaire, qui pourrait faire frémir les instances financières internationales.

C’est une sommité dans le monde des cryptomonnaies. L’Anglo-Iranien de 33 ans Amir Taaki s’installe à Neuchâtel, a-t-il confié à Heidi.news lors d’un meet-up organisé par l’entrepreneur Alexis Roussel jeudi 12 août. Il y lancera son nouveau et sulfureux projet intitulé «Dark Fi». Le but visé: rendre la finance décentralisée (DeFi) totalement anonyme.

Amir Taaki est un développeur qui a déjà d’importants faits d'armes à son palmarès. Il a notamment créé le «Dark Wallet», un portefeuille Bitcoin anonyme. Le magazine Forbes l’a classé en 2014 dans son top 30 des meilleurs entrepreneurs. Il est derrière de nombreux projets open source et a également combattu contre Daech aux côtés des miliciens kurdes. Crypto-anarchiste assumé, il a une réelle crédibilité auprès de la communauté des technologies cryptographiques.

Amir Taaki est à Neuchâtel depuis une année. Enfin, sur le papier. «Avec la pandémie, j’ai été bloqué en Espagne. Je suis arrivé il y a peu», nous explique-t-il dans un espace de co-working à Neuchâtel, où il vient de présenter son projet à la communauté crypto. Jusqu’ici, le lieu de résidence connu de l’Anglo-Iranien était Barcelone, où il devait, selon ses mots, créer une académie pour réveiller les hackers occidentaux de leur léthargie. Un projet qui n’a pas encore abouti mais que son instigateur poursuit en parallèle de «Dark Fi», sa priorité du moment. «Je ne sais pas s’il y aura une telle structure en Espagne. Je travaille actuellement sur des projets en Afrique, au Moyen-Orient… J’aimerais qu’il y en ait dans le monde entier!»

L’accueillante démocratie suisse

Son choix de s’installer en Suisse n’a rien d’anodin. Il l’explique: «La Suisse est un endroit très spécial, vous savez. C’est probablement le pays le plus démocratique dans le monde. Il s’y passe des choses très intéressantes. Je l’ai aussi choisie parce que je sais que d’autres gouvernements vont tenter de m’empêcher de mener à bien Dark Fi.»

Alexis Roussel, ancien président du Parti pirate, n’est pas étonné non plus par le choix de Neuchâtel. «Ici, Amir Taaki bénéficie d’un écosystème qui mélange à la fois les avantages de la Suisse, véritable démocratie où l’on ne met pas les individus en prison simplement pour leurs travaux techniques, et la communauté, fidèle aux concepts de Bitcoin, qui s’est développée dans le canton depuis sept ans et qui peut lui apporter des interactions utiles.»

Dark Fi, la finance anonymisée

Pour comprendre le projet d’Amir Taaki, il faut d’abord rappeler ce qu’est la finance décentralisée (DeFi). Elle est considérée comme la deuxième révolution de la blockchain, après les cryptomonnaies. Elle permet à quiconque possédant une connexion internet d’accéder à des services financiers. Et de créer des services financiers soi-même (prêts, contrats d’assurance, produits structurés). Comme chaque transaction est inscrite sur la blockchain, les opérations de la DeFi sont facilement traçables.

Avec Dark Fi, l’objectif d’Amir Taaki et de sa compagne Rachel-Rose O’Leary, ancienne journaliste pour le média spécialisé CoinDesk, est de conserver la vérifiabilité des transactions tout en cachant les informations de ces opérations. Comment? Grâce à la technologie «zero knowledge proof» (preuve à divulgation nulle de connaissance). Il s’agit d’une opération cryptographique qui permet de prouver, par des opérations mathématiques, que quelque chose est vrai sans en dévoiler le contenu.

Besoin d’un cas concret d’usage de cette technologie? Prenons les distributeurs de cigarettes. La machine n’a pas besoin de connaître l’âge de l’acheteur ni son identité, mais doit juste pouvoir s’assurer qu’il a l’âge légal pour acquérir des cigarettes. La technologie de la preuve à divulgation nulle de connaissance permettrait dans ce cas précis d’attester que l’acheteur a bien la majorité pour consommer du tabac, sans pour autant dévoiler sa date de naissance ni son identité.

Appliquer à la finance décentralisée, le «zero knowledge proof» permettrait de garantir qu’une transaction est fiable sans pour autant en dévoiler les parties prenantes.

Un premier test tout bientôt

Amir Taaki et Rachel-Rose O’Leary ont indiqué à Heidi.news qu’une première phase d’essai du projet Dark Fi aura lieu dans les trois prochains mois. Un réseau test sera mis en place et des jetons (tokens) seront distribués lors d’événements dédiés. «Nous n’avons pas prévu de vendre des tokens pour l’heure», précisent les deux développeurs. Ils projettent à terme que leur structure disparaisse pour que le réseau appartienne réellement aux détenteurs des tokens. Une approche qui rappellera celle d’un certain Satochi Nakamoto. Le mystérieux inconnu à l’origine d’une certaine cryptomonnaie nommée… Bitcoin.

Prochain épisode: Qui est vraiment Amir Taaki?

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