Un homme passe dans la Galleria Vittorio Emanuele II déserte. Photo: Gabriele Galimberti / Riverboom
Milan aux temps du coronavirus | épisode № 18

Le coronavirus nous rend-il indifférent aux autres morts ?

Il y a les morts du coronavirus et les autres. Ceux qui s'éteignent banalement dans leur lit d'une crise cardiaque et qu'on n'arrive pas à pleurer parce l'épidémie occupe toute la place. Gea, notre journaliste coincée à Milan, raconte cette «quantité énorme de souffrance qui ne peut pas se manifester.»

«Mon père est mort cette nuit.»

Ce message, je l’ai lu au réveil, encore au lit, après avoir farfouillé dans les draps pour retrouver le portable que j’avais jeté là la veille. Avant que la tristesse traverse le sommeil et commence à m’envahir, je me suis dit que je ne savais même pas que le père d’Alice avait le coronavirus: elle ne m’en avait pas parlé. Quelle poisse, ai-je pensé: il était en Sicile et il y a encore peu de cas là-bas, comment c’est arrivé?

Mais ce n'est pas ce qui s'est passé.

Le père d'Alice n'est pas mort du coronavirus: il s’est éteint dans son sommeil. Il s'est couché comme d'habitude, après avoir préparé une pizza et tchatté en vidéo avec ses petits-enfants. Le matin, il ne s'est pas réveillé. Son cœur s'est arrêté: «C’était quelqu’un de très chaleureux, solaire, il n’a pas supporté ce drame qui se joue autour de nous», m'a dit Alice en larmes au téléphone quelques heures plus tard.

Notre capacité à tolérer les autres morts

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