Illustration: Anne-Gaëlle Amiot pour Heidi.news

Des loyautés à géométrie variable

Ce mercredi 4 mars, une nouvelle audience se tient chez le premier procureur de Genève Yves Bertossa dans l’affaire Rybolovlev vs. Bouvier. C’est le jour choisi pour publier notre dixième et dernier épisode, sur l’argent qui manque ou qui coule à flot et dicte les retournements d’alliance. Où l’on découvre que la société d’investigation Alp Services a été en difficulté en raison des factures impayées par Yves Bouvier. Et qu’après avoir affronté Marc Bonnant qui défendait son ex-épouse, Dmitry Rybolovlev lui a proposé de le rejoindre pour lutter contre Yves Bouvier. Le «Mozart du barreau» a accepté, mais a dû se récuser en raison d’un conflit d’intérêt. L’avocat pourrait tout de même jouer un rôle décisif dans l’affaire, en organisant un accord hors justice.

S’il fallait, pour ce dixième et dernier épisode de notre série, résumer l’affaire Bouvier en deux mots, ce serait «argent» et «loyauté». Ainsi que l’influence du premier sur la deuxième, qui la relativise, voire l’annihile. Prenons pour commencer le principal concerné, Yves Bouvier, qu’un connaisseur de l’affaire décrit comme étant «très, très loyal, mais à géométrie variable». Pendant cinq ans, de 2003 à 2008, il est l’ami du couple Rybolovlev et lui propose des chefs-d’œuvre à acheter. Le différent est connu: la partie russe le croit intermédiaire, rémunéré à seulement 2% du prix des transactions, mais lui se considère comme marchand d’art, prenant au passage des marges considérables. Est-ce de l’escroquerie ou une naïveté coupable de la part de son client? La justice genevoise tranchera mais le Genevois, comme nous l’avons vu aux épisodes 4 et 9, n’a cessé de mentir sur le prix auquel les anciens propriétaires cédaient les tableaux.

Quand le couple se déchire, en 2008, Yves Bouvier va s’afficher comme proche de Dmitry, lui proposant notamment de l’aider dans son projet d’abriter dans ses ports francs les tableaux que ce dernier a acquis. En vérité, le Genevois ne cessera de fournir à la partie adverse, à l’avocat Marc Bonnant qui travaille pour l’épouse, Elena, des informations sur la valeur et la localisation des tableaux (voir épisode 3). Avant de trahir Elena en février 2014, en participant au piège qui l’attend à Chypre où il la conduit à bord de son jet (voir épisode 4). Elle se fait arrêter à l’arrivée, faussement accusée d’avoir volé une bague en diamants.

Quand, avec une troublante symétrie, Yves Bouvier lui-même se fera arrêter à Monaco, dans un dispositif similaire, et que démarre sa guerre avec Dmitry, il se précipitera à nouveau dans les bras d’Elena et signera un accord secret avec son avocat: il collaborera pleinement à la recherche de biens en vue du divorce en échange de non-poursuites pour son rôle joué à Chypre.

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