Illustration: Anne-Gaëlle Amiot pour Heidi.news

La dernière vente et les premiers doutes

C'est peut-être la plus belle œuvre de Mark Rothko. Mais elle dort au fond d’une caisse du port franc de Singapour depuis cinq ans. Le Rothko no 6, placé sous scellé, est au cœur de la guerre que se livrent Yves Bouvier et Dmitry Rybolovlev. Le premier a acheté pour 2,5 millions d'euros de vin Petrus à la famille Moueix, qui le possédait, pour l'obtenir. Il espérait le revendre au second avec 60 millions de marge. Ce qui lui a valu son arrestation à Monaco. C’est aussi autour de ce tableau, dont la valeur aurait explosé, que pourrait tourner un accord à l’amiable.

Son tableau préféré, «un chef-d’œuvre incandescent». C’est ainsi qu’Yves Bouvier décrit le N°6, Violet, Vert et Rouge, qui figure en couverture du catalogue raisonné de Mark Rothko, immense peintre américain de l’après-guerre. «Il me fait vibrer. Il vous hypnotise», dit-il encore, avant de mettre en avant son état de conservation. «Le propriétaire le gardait dans l’obscurité. Du coup, les pigments sont toujours aussi lumineux».

Pourtant, cinq ans après avoir déclenché la guerre entre l’homme d’affaires genevois et l’oligarque russe Dmitry Rybolovlev, la toile se languit dans un compartiment ultra-sécurisé du port franc de Singapour, filmé 24 heures sur 24 et inspecté chaque semestre par des représentants des deux parties, eux-mêmes surveillés par le Sheriff de Singapour qui a mis ce tableau sous scellé. Son avenir est incertain mais sa valeur s’est multipliée, entre 180 et 250 millions de dollars selon des estimations auxquelles Heidi.news a eu accès alors qu’il a été acheté «que» 80 millions en 2014.

C’est le samedi 2 mars 2013, dans le luxueux chalet à Gstaad de Dmitry Rybolovlev, patron de l’AS Monaco, qu’Yves Bouvier lui parle pour la première fois du No 6. Dans un mail du même jour, Mike Sazonov, le conseiller financier de l’oligarque russe, s'enquiert du prix. Bouvier lui répond, le même jour: «Je n’ai pas obtenu le prix. Je me renseigne sans trop insister c’est mieux.» Quelques semaines plus tôt, grâce à l’entregent de son ami et associé Jean-Marc Peretti, l’homme d’affaires genevois était invité à Bordeaux chez la famille Moueix, propriétaire du célèbre domaine viticole Petrus, pour admirer cette merveille. Pour s’assurer les bonnes grâces des Moueix, courtisés par les marchands d’art du monde entier, Yves Bouvier leur a acheté entre avril 2012 et décembre 2013 pour plus de 2,5 millions d’euros de vin, selon des documents que nous avons pu consulter.

Un cancer ralentit les négociations

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