Le marché aux fleurs de Calcutta © Julieta Cánepa
Sur les pas de Nicolas Bouvier | épisode № 01

La descente de l’Inde

Le voyage à côté de Bouvier débute par la descente de l’Inde. Delhi-Bombay d’un côté, Bénarès-Calcutta de l’autre, et une même fascination pour ce monde neuf, exubérant, exténuant.

Nous attaquons notre voyage sous l’égide de Nicolas Bouvier, soixante-cinq ans plus tard, par un pays qu’il ne visita pas: le Népal, où je rejoins Julieta qui s’y trouve déjà depuis un mois. L’air est pur, l’horizon dégagé, nous sommes prêts. Nous partons marcher quinze jours autour de l’Annapurna, épique et sublime traversée, mille paysages époustouflants, avant de redescendre dans la vallée. Deux semaines plus tard, nous quittons Katmandou pour Bénarès.

Je reviens, dix ans après ma première plongée dans l’Inde, longue de cinq mois, et je reprends en pleine face la folie et la puissance d’un lieu à l’intérieur d’un lieu, Bénarès, Varanasi, la ville des villes. A l’instant même où vous replongez dedans, l’Inde vous attrape: des milliers de chiens, partout, la gueule et le dos creusés par la gale, qui tous se grattent de leurs deux pattes arrière et se tordent et s’affalent dans la poussière de la vieille ville, des vaches à contourner et des chèvres errantes qui mâchonnent dans l’ombre des fils électriques, des ruelles noires et sans issue prises dans d’indéchiffrables sortilèges, une main vous happe, sorcières, chamanes, vapeurs d’opium, la grande effluve vous prend, indiscernable mélange de patchouli, d’égout, de curry et de lait tourné, poubelles à ciel ouvert, merdes de vache, cumin et torpeur, odeur du temps dans ces ruelles sans lumières aux pavés déchaussés – l’Inde nous prend. Ce serait bien vain de vouloir s’y opposer.

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