Ici, la débâcle anthropique se mesure à l’œil nu: la gorge que franchit la passerelle n’existait pas il y a vingt ans. Photos: Serge Enderlin

Au glacier du Trift, le réchauffement climatique pour les ploucs

Vous nous y avez envoyés, nous sommes allés voir. La montée n’a pas été de tout repos. Ne jamais confondre tourisme et partie de plaisir. Ni cumuler cyclisme et randonnée. Surtout sans entraînement.

Un matin lourd comme l’orage qui menace sur les sommets de granit, ciel anthracite. Pour la précision cartographique, l’Oberland bernois se quitte à Innetkirchen, dans l’Oberhaslital, peu après Meiringen. Virage à gauche, et premier lacet en direction du col du Susten, un des passages mythiques des Alpes suisses. Il reste 27,8 kilomètres. Les longues montées! La seule véritable angoisse de ce voyage, nous l’avions déjà vérifié il y a quelques jours à la sortie de Sainte-Croix en direction des montagnes neuchâteloises. Mais pour l’instant, miracle, ça tient. Le pesant équipage électrifié progresse à bonne vitesse parmi les conifères, il y a du vent, et l’odeur plaisante de l’été fleuri dans les pâturages vient récompenser l’effort.

Après quatre kilomètres, le pourcentage de la pente a la mauvaise idée de changer. Nous sommes à 4% et ça plaît moins aux jambes, malgré l’assistance électrique, moins efficace qu’au plat. La progression reste toutefois constante, autour de 23 à l’heure, nettement supérieur aux rares cyclistes surentraînés que nous clouons sur place à chaque dépassement. Plaisir coupable et imbécile, et pour ces deux raisons, extrêmement jouissif, comme une concurrence déloyale. Et ils n’aiment pas. Un tonitruant «‘ufpasse, Kopfertami!» (Attention, b----el de m----e !) fuse. Ce à quoi, naturellement taquins, nous répondons bien entendu par une expression francophone fleurie, elle-même immédiatement contredite par une interjection alémanique désignant un orifice du corps humain. La béatitude provoquée par l’échange est de courte durée, interrompue par un instant de pure terreur quand dans votre dos, sans crier gare, vous entendez ça:

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