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Je ne suis pas droguée, je suis «psychonaute»!

Publié le 06 août 2022 05:57. Modifié le 08 août 2022 14:58.

Il y a quelques années, un trauma a changé à jamais le cours de ma vie. A peine né, mon enfant a failli mourir.

Malgré une issue heureuse, ma vie relativement insouciante et légère jusqu’alors a pris un tournant obscur. Crises d’angoisse, dissociation et paralysie créative sont devenus mon quotidien, me faisant plonger dans un mal-être qui dévorait mes petits bonheurs de la vie.

Une aversion aux médicaments addictifs

Comme toute contemporaine en proie aux troubles mentaux qui se respecte, mon premier réflexe a été de solliciter un psychiatre. Un grand monsieur avec un regard intense et une écoute patiente, pratiquant de longue date. Avec lui, je pouvais vider mon sac. Ces séances hebdomadaires me soulageaient un peu mais, à mon grand désespoir, blocages et angoisses reprenaient vite leur cours dès la sortie de son cabinet.

Lorsque, après deux ans de consultations, mon brave médecin m’a proposé un anxiolytique sur ordonnance, j’ai décidé de couper court à nos consultations. Avec tout mon respect pour les patients qui estiment bénéficier de ce type de médicament, l’idée de dépendre du Valium, du Temesta ou autre benzodiazépine addictive m’a toujours horrifié.

Les psychédéliques comme solution

En parallèle à mes péripéties psychiatriques, des articles scientifiques d’un nouveau genre ont commencé à sortir aux Etats-Unis comme en Suisse, pays d’ailleurs présenté comme étant le berceau des études cliniques sur les psychédéliques dans «Voyage aux confins de l’esprit», mini-série basée sur l’ouvrage de l’illustre journaliste Michael Pollan et diffusée depuis peu sur Netflix.

En s’appuyant sur de nombreux travaux récents, les psys se mettent à la page des psychédéliques, qu’il ne faut absolument pas confondre avec les autres drogues présentes sur le marché noir, comme la cocaïne, l’héroïne ou même le cannabis, pour ne citer que les plus connues.

Des dosages adéquats de molécules comme la psilocybine (présente dans certains champignons), le LSD ou la MDMA sont désormais considérés comme des outils valables pour combattre les dépressions chroniques, les troubles obsessionnels compulsifs (TOC), les addictions diverses, traumas ou crises existentielles. Pour les adeptes de ces méthodes, tous les chemins du mal-être mènent aux psychédéliques.

Gros bémol pour moi: je ne collais pas aux critères des études cliniques. Car pour vivre son trip dans un cadre médical autorisé en Suisse, il faut être en fin de vie, souffrir d’une maladie mortelle, être toxicomane de longue date ou avoir fait preuve d’une résistance à la pharmacopée classique. Et n’être sous aucun traitement médicamenteux de type psychiatrique. De surcroît, ces séances se déroulent presque toujours entre quatre murs austères, loin de la nature et des espaces plus à même de contribuer à la détente, voire l’expérience spirituelle que certains recherchent avec ces substances.

Quelques refus plus tard – de l’Université de Fribourg et des Hôpitaux universitaires genevois, où plusieurs essais cliniques sont en cours –, je me suis donc résolue à chercher ailleurs. Et c’est ainsi qu’a débuté ma longue et difficile quête des acteurs de la contre-culture romande des psychédéliques.

Cérémonies illégales

Comment trouver le bon «maître de cérémonie», en évitant les nombreux charlatans qui règnent sur ce marché noir? Comment distinguer un guide bienveillant d’un prédateur? Dans l’univers hospitalier, la garantie d’un protocole strict existe, mais quid de la face cachée de ce mouvement?

Fait rassurant: il se chuchotait dans le milieu que de plus en plus de médecins administraient ce genre de traitement à leurs patients «en off», contournant les nombreux obstacles administratifs imposés par l’Office fédéral de la santé.

Et c’était vrai – j’ai pu le constater par la suite. Une poignée de médecins le font en Suisse romande (je ne donnerai pas de nom!). Dans la confidentialité médecin-patient la plus absolue, ils organisent des séances longues parfois d’une journée entière et répartissent ensuite la facture sur plusieurs mois, pour que les assurances n’y voient que du feu. Le fait que ces docteurs risquent leur licence pour un traitement illégal n’a fait qu’exacerber mon intérêt pour ces substances longtemps diabolisées.

De fil en aiguille, j’ai atterri chez un thérapeute recommandé par un ami psychologue. Un homme de confiance, qui se formait depuis des années aux différentes facettes de cette médecine controversée. Le protocole qu’il prône – comme la majorité de ses homologues – est simple: les patients doivent établir des intentions et observer des restrictions alimentaires en amont des cérémonies, qui se tiennent toujours dans un cadre bienveillant et sur fond de musique douce. Le plus souvent en groupe, mais parfois aussi en tête-à-tête. En cas de «bad trip» – ce qui semble se produire assez souvent – les encadrants recourent à de paroles rassurantes, exemptes de tout jugement sur les origines du tracas.

Après deux consultations classiques au cabinet, rendez-vous est pris pour une première session en comité réduit à domicile. Me voilà donc «psychonaute», terme utilisé pour désigner les explorateurs des états de conscience modifiés.

Donner du sens à l’ingestion de drogues?

Le titre de psychonaute a-t-il été inventé pour enjoliver un comportement dangereux et néfaste? La réponse à cette question demeure mitigée, principalement en raison de l’absence d’études réalisées sur des longues durées.

Les essais cliniques ne sont-ils pas une énième stratégie commerciale des multinationales pharmaceutiques? Non, selon la dizaine de psychologues, psychiatres et divers thérapeutes consultés pour cette série. Ils argumentent que cette médecine n’est pas rentable, car elle soigne efficacement et en un temps record.

Avec ces questionnements à l’esprit, j’ai débarqué à ma première session psychédélique avec beaucoup d’appréhension.

Sceptique sur les bienfaits de ces substances et marquée par les mauvais souvenirs de certaines substances consommées, plus jeune, dans les milieux festifs, je me suis demandée si je disposais véritablement de la force mentale nécessaire à une telle quête, en ce moment si vulnérable de mon existence? Rien ne semblait moins certain, et dans tous les cas, ces expériences ne sont pas à prendre à la légère, car elles comportent des risques.

Au fil des épisodes à venir de cette courte Exploration, je vais vous emmener en voyage dans l’univers grandissant et varié des thérapies psychédéliques – sessions groupées avec la MDMA, microdoses de LSD ou de psylocibine et purge au tabac. Vous verrez que j’ai plus ou moins bien vécu les différents rituels.

Et pour conclure, mais dans un avenir plus lointain, ce sera le défi cognitif ultime, celui dont on chuchote le nom compliqué dans un mélange d’appréhension et de fascination: le saint breuvage de l’ayahuasca. C’est un mélange de plantes venu d’Amazonie dont le principe actif, la DMT, est surnommé «la molécule de Dieu», en raison de ses pouvoirs mystiques de liaison avec le cosmos. Le tout, sur sol romand.