Peinture de Pablo Amaringo cherchant à représenter un vision sous l’effet de l’ayahuasca. Wikimedia Commons.

J’ai testé l’ayahuasca chez moi, sans tambour ni chamane

Trouver la bonne cérémonie d’ayahuasca — étape ultime de mon exploration psychédélique — a été compliqué. Les chamanes sont surbookés et les douanes suisses ont bloqué l’importation du mélange de plantes péruvien. J’ai finalement opté pour une absorption à domicile du fameux breuvage amazonien. Une séance en douceur, loin des mythes et des serpents cosmiques, qui sera sans doute jugée blasphématoire par nombre d’initiés.

Publié le 14 janvier 2023 05:57. Modifié le 24 janvier 2023 16:23.

Prix de la séance: entre 150 et 600 francs

La tête dans le seau à vomi, je trouve du réconfort dans le décor familier de mon appartement, le ronronnement de mon chat et les mots bienveillants de mon guide à domicile pour cette expérience psychédélique. Cela fait environ 45 minutes que j’ai avalé un verre de liquide épais, brunâtre, au goût chocolaté—de l’ayahuasca importé du Pérou. L’effet s’est vite fait ressentir, environ quinze minutes après l’ingestion. Les larmes coulent à profusion le long de mon visage, en attendant le prochain vomissement. «Où est le serpent cosmique?», je me demande.

Cet esprit animal que nombre d’initiés croisent lors de leurs séances est aux abonnés absents. Hormis la nausée et la tête qui tourne, je ne ressens pas grand chose. A côté de mes sessions en groupe avec la MDMA décrites dans le premier épisode, ce mélange de Banisteriopsis caapi vine et de Psychotria viridis – en clair, une liane et un buisson qu’on ne trouve qu’en Amazonie – semble être un jeu d’enfant. A tel point que je me dis que ma semaine préparatoire sans sexe, café, alcool, fumée et viande rouge, entre autres, était vraisemblablement excessive.

Une expérience douce

Chakaruna, une chanson emblématique de ce genre de séances en Occident, accompagne mes contractions musculaires. La purge va se poursuivre aux toilettes, où je vide mes intestins dans l’obscurité, momentanément allergique à la lumière matinale du salon. La posture n’est pas glorieuse, mais une fois arrivée au bout du supplice physique, je me sens plus légère. A l’intérieur de moi, tout continue à vibrer, mais les vertiges ont disparu. Je continue l’expérience sans inconfort, immergée dans des visions floues de formes imbriquées, tenue à distance du monde par une couverture en coton qui me maintient dans une bulle introspective.

Je resterai dans cette position fœtale une petite heure, avant d’entamer une descente en douceur vers la réalité habituelle.

Mon guide du jour est un connaisseur. Il a longtemps administré cette potion de «médecine sacrée» dans plusieurs villes d’Europe avant de se consacrer plutôt aux «thérapies psychédéliques du terroir» (c’est une allusion au fait que le LSD est d’origine suisse). Il m’a donc rendu service en acceptant ce tête-à-tête pour cette initiation redoutée. «La mystification de l’ayahuasca sert surtout à faire un tri chez les personnes qui s’y intéressent, m’avait-il dit pendant nos conversations préparatoires. Ne t’inquiète pas. Tu te sentiras très bien pendant notre séance.»

Dès le début de cette exploration thérapeutique, j’ai éprouvé une grande appréhension pour l’ayahuasca. Ce breuvage a beau être classé comme psychédélique, tout le monde le met dans une catégorie à part. On qualifie son principe actif, la DMT, de «molécule de Dieu», en raison des communications avec l’au-delà et/ou des voyages extra-corporels qu’elle provoquerait chez certains psychonautes. Selon des récits publiés dans la presse, l’ayahuasca est la promesse d’un bouleversement existentiel, mais qui comporte aussi un risque important de psychose.

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