Broderie représentant un caryotype génétique féminin | Hey Paul Studios/CreativeCommons

Généalogie: les tests ADN dont vous êtes le héros

Cette question, nous sommes nombreux à nous la poser. D’où venons-nous? La réponse s’est longtemps cachée dans des arbres généalogiques touffus ou les récits approximatifs des anciens. La méthode soi-disant infaillible, désormais, c’est un test ADN à visée généalogique. Il y a quelques semaines, pour me divertir des vicissitudes des fermetures-réouvertures Covid-19 et voyager sans passeport vaccinal, j’ai voulu ouvrir la pochette surprise de mon ADN. A moins qu’il ne s’agisse d’une boîte de Pandore? Je vous partage cette expérience, si vous souhaitez franchir le pas.

Le frisson du risque en prime: dans certains pays, comme la France où je réside, ils sont théoriquement interdits hors cadre juridique ou médical. En Suisse, ils se trouvent dans une zone grise du droit. Dans la pratique, ces tests sont très faciles d’accès sur internet: des firmes basées aux États-Unis ou en Israël les proposent contre une centaine de dollars, parfois un peu plus cher pour les sociétés basées en Suisse. J’ai ainsi commandé deux tests, afin de pouvoir en comparer les résultats: le premier américain de la marque 23andMe, dont la valorisation boursière a dépassé le milliard de dollars, le second de la firme helvé­tique iGENEA.

Dévoiler les origines de nos ancêtres, entrer en contact avec des cousins jusque-là inconnus: la promesse est alléchante. Mais l’on peut aussi découvrir des secrets de famille enfouis. Ou encore ne rien apprendre de nouveau et se demander si quelques pourcentages d’une origine inconnue dans l’histoire familiale veulent vraiment dire quelque chose, tant les résultats des deux tests diffèrent. L’un me découvre des origines scandinaves et irlandaises, quand l’autre voit dans mon ADN des parentés avec les Coptes d’Egypte.

Pour cette Exploration, j’ai demandé à plusieurs spécialistes ce qu’ils en pensaient. Ils m’ont mise en garde contre les biais statistiques: les prédictions réalisées par ces tests vont grandement dépendre des nationalités déclarées par les personnes déjà recensées dans les bases de données génétiques. Ils m’ont rappelé l’importance, en généalogie, des narratifs familiaux. Ils m’ont enfin mise en garde contre les utilisations tierces, y compris commerciales, de ces données personnelles très spéciales. Car nous ne sommes pas l’exclusif propriétaire de notre code génétique: celui-ci est partagé à un degré divers avec le reste de notre famille. Aux Etats-Unis, ces services ont déjà permis de confondre des meurtriers quand des cousins éloignés se sont avisés de faire le test.

C’est un royaume où se côtoie gravité et légèreté. Outre les cold cases, on peut, quand la réglementation du pays de résidence le permet, découvrir une faille génétique effrayante au plan médical, qui ne se traduira peut-être jamais en maladie. Il y a aussi la «gamification»: 23andMe entend ainsi, à partir d’une littérature scientifique parfois fragmentaire, me dire si je suis lève-tôt, vulnérable aux assauts des moustiques ou à ceux de l’alcool, ou même quelle est la part du génome que je partage avec Néandertal. Pour sa part, les Suisses de iGENEA me proposent, en payant un supplément, de découvrir si je suis porteuse du «gène guerrier» qui influencerait ma «volonté de prendre des risques dans la vie privée et professionnelle»...

Je ne peux m’empêcher d’y voir un parallèle avec Facebook, à qui nous avons cédé sans sourciller nos données pendant des années en échange de toutes sortes de jeux, de quiz et, accessoirement, des nouvelles de nos amis. Nos données génomiques sont-elles le carburant d’un nouveau modèle d’affaires? C’est probable. Reste à savoir si nous résisterons aux sirènes de ces réseaux sociaux revisités.

Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.