Dans un atelier de recyclage au TriPôle. | Heidi.news (DR)

Le réseau tentaculaire du recyclage informatique suisse

Le recyclage est un terme à la mode. Mais en ce qui concerne les appareils électroniques – ordinateurs, écrans, téléphones portables, imprimantes… –, ça veut dire quoi, recycler? Comment ça se passe? Qui s’en occupe? Quelles sont les difficultés de cette opération si importante pour limiter le gaspillage de matières premières? C’est pour répondre à toutes ces questions que j’ai proposé à Swico Recycling de me présenter la chaîne du recyclage du matériel électronique sur le terrain.

Publié le 06 octobre 2021 09:00. Modifié le 06 octobre 2021 17:52.

Swico Recycling est le système de reprise à but non lucratif d’appareils électriques et électroniques en fin de vie. Il est exploité par Swico, l’Association économique suisse des fournisseurs de techniques d’information, de communication et d’organisation. Il vise à permettre l’application des dispositions de l’ordonnance fédérale sur la restitution, la reprise et l’élimination des appareils électriques et électroniques (OREA). Swico Recycling s’occupe des appareils électroniques de bureau et informatique, et SENS eRecycling se charge des appareils électriques ménagers.

Pour mener à bien sa mission, Swico Recycling, qui est une entreprise à but non lucratif, s’appuie sur la contribution anticipée de recyclage (CAR). C’est une taxe payée par les consommateurs lors de l’achat du produit. Ce montant, souvent infime en proportion du prix de vente de l’appareil, sert à couvrir les frais engendrés par l’élimination. A titre d’exemple, pour une carte graphique ou un disque dur, le montant de cette contribution s’élève à 40 centimes. Pour un laptop de 12 pouces et plus, il est de 6 francs. Pour un smartphone, la taxe se monte à 10 centimes. Swico Recycling doit s’assurer que le produit récupéré est finalement détruit. Son rôle n’est pas de permettre le réemploi.

Des palettes pleines de matériel informatique

La première étape de cette plongée dans la chaîne du recyclage des appareils électroniques se situe dans les points de collecte, déchèteries ou commerces, comme le Mediamarkt de Crissier. Ici, ce sont une dizaine de palettes d’un poids moyen de 250kg qui sont collectées chaque semaine. Yannick Dietrich, directeur de la succursale, précise que les gens jouent bien le jeu et rapportent volontiers les appareils qu’ils n’utilisent plus. Dans cette enseigne, ce sont trois collaborateurs qui sont chargés de la logistique. Ils s’occupent, parmi d’autres tâches, de réceptionner les produits ramenés par les clients, de les stocker puis de les charger sur des palettes.

Lorsque quatre à cinq palettes sont prêtes, les collaborateurs appellent l’entreprise chargée de transporter la marchandise jusqu’aux différents points de recyclage. L’OREA oblige les commerces à récupérer les appareils électriques et électroniques de même catégorie que ceux qu’ils vendent, peu importe la marque, gratuitement et sans obligation d’achat.

La récupération des appareils dans les commerces représente environ 20% du volume total traité par Swico. La majorité de la collecte – près de 80% – se situe dans les déchetteries publiques. La deuxième étape du parcours se situe justement à la déchetterie publique de la Ville d’Yverdon.

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Dans un atelier de recyclage au TriPôle. | Heidi.news (DR)

L’importance de la remise des appareils

Les recycleurs Swico et SENS ont traité l’an dernier près de 130'000 tonnes d’appareils électroniques et électriques. Pour l’électronique seule, cela représente un volume d’un peu plus de 45'000 tonnes. Ces chiffres ne représentent que les appareils qui sont ramenés par les usagers dans les points de collecte – déchetteries publiques, magasins. Il y a aussi une part des appareils électriques et électroniques qui sont éliminés avec les ordures ménagères ou les encombrants. C’est d’ailleurs un problème, parce que ces déchets sont incinérés sans distinction, et les polluants qu’ils contiennent sont ainsi relâchés à l’air libre. (Ceci dit, 95% des appareils mis sur le marché sont récupérés par le système Swico.)

D’où l’importance de ne pas se débarrasser des appareils électriques et électroniques en-dehors des points de collecte prévus à cet effet. La déchetterie de la Ville d’Yverdon, exploitée par Strid, le gestionnaire des déchets du Nord vaudois, est l’un d’entre eux. Elle a ouvert ses portes en 2012. Elle a la particularité de faire partie d’un pôle de compétences dédié aux déchets, nommé TriPôle. Sur le même site se trouvent différents acteurs actifs dans le secteur des déchets. Les appareils électroniques collectés par la déchetterie sont immédiatement transmis à l’atelier de la Fondation Mode d’emploi dont les locaux se trouvent à quelques mètres.

La dépollution se pratique souvent à la main

Dans cet atelier où travaillent des personnes en recherche d’emploi, on s’occupe spécifiquement du démontage des écrans d’ordinateur, des téléviseurs et des ordinateurs portables. Swico Recycling collabore avec 90 ateliers dans tout le pays. «Ce sont souvent des structures sociales, subventionnées par l’Etat. Ces ateliers pratiquent la réinsertion», précise Roger Gnos, en charge du contrôle technique chez Swico. Le démontage pratiqué par cet atelier est très important, même s’il s’agit d’une étape facultative. Ici, on retire les composants contenant des polluants à la main. Dans le cas des écrans, ce sont les sources lumineuses, qui contiennent du mercure. C’est le Bureau d’ingénieurs en ressources et construction durable (le Bird) qui pilote le travail de cet atelier nommé Y-Tronic.

Dans un premier temps, les appareils sont réceptionnés. Le poids et la marchandise sont contrôlés. Pour les écrans, la coque et les pieds sont retirés. Pour les ordinateurs portables, on extrait la batterie. Puis ils sont stockés, en attendant le démontage. A ce moment-là, les matériaux sont séparés. On retire les cartes électroniques, les câbles, les puces, le plastique, le fer et l’aluminium. Les matières premières comme le cuivre, l’aluminium, le magnésium ou encore l’inox sont récupérés. Enfin, les polluants sont retirés avec prudence. Lorsque les matériaux sont propres et séparés, ils sont exportés. La Suisse ne dispose pas de fonderie de métaux non ferreux. Ces éléments partent donc dans d’autres pays, le plus souvent par train.

Selon les chiffres du Bird, le taux de recyclage d’un mélange de matériel électronique s’élève à 60% environ et correspond à l’état actuel de la technique.

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Dans un atelier de recyclage au TriPôle. | Heidi.news (DR)

Vers davantage de réemploi?

Pour l’heure, la mission de Swico, fondée sur l’OREA, ne permet pas le réemploi des appareils collectés, même si ceux-ci sont en état de marche – ou pourraient l’être moyennant quelques réparations. L’entreprise doit s’assurer de l’élimination de la fonction du matériel, notamment pour garantir la destruction des données stockées sur les disques durs. Swico réalise actuellement une étude avec le Bird pour déterminer quelle proportion des appareils électroniques collectés a encore de la valeur. Le réparateur La Bonne Combine se charge quant à lui d’évaluer le prix de ces objets.

A terme, il n’est pas impossible que Swico puisse s’orienter vers un modèle hybride, intégrant aussi le réemploi. Le recyclage est certes indispensable, mais ce n’est pas la solution parfaite. Réutiliser un appareil qui fonctionne encore est sans doute la solution la plus respectueuse de l’environnement, pour autant que le réemploi ait lieu localement et qu’il soit recyclé proprement en fin de vie.

  • Cette Exploration a été réalisée avec le soutien de alp ict, CleantechAlps et OPI.