Au CERN, novembre 2019. Exercice antiterroriste. Photos: Niels Ackermann pour Heidi.news
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Fin du monde, mode d’emploi

La fin du monde, version guerre nucléaire, cela fait longtemps que la Suisse s’y prépare. Et les pandémies? Dans les années 1960 a été élaborée la politique d’une place dans un abri anti-atomique pour chaque habitant. Un guide de survie paranoïaque a même été remis à tous les ménages du pays en 1969. Cinquante ans plus tard, ces abris pourraient ne même pas servir en cas d’effondrement climatique, prévient le brigadier Froidevaux, et encore moins pour le coronavirus. Il estime que la Suisse sous-estime désormais les dangers et néglige sa défense, et ne devra peut-être son salut qu’au bon vouloir de ses voisins européens.

Parler longuement avec Camille, éco-dépressive ayant connu l’amour sur un Tinder pour collapsologues (Lire l’épisode 3, «Adopte un·e collapso»), m’a troublée. Pourquoi tant de jeunes gens qui ont la vie devant eux, dans un pays où tout fonctionne, sont-ils hantés par la disparition de l’avenir? Pour comprendre, j’ai rencontré, à Genève, Jean Chamel, anthropologue des religions et spécialiste de la collapsologie. La thèse de doctorat qu’il a soutenue à l’Université de Lausanne en 2018 s’intitule: «Tout est lié. Ethnographie d’un réseau d’intellectuels engagés de l’écologie (France-Suisse): de l’effondrement systémique à l’écospiritualité holiste et moniste». Sans croire lui-même à une fin du monde abrupte, mais plutôt à un processus de lente décomposition, il estime que les discours de l’effondrement trouvent un écho particulier chez les classes moyennes supérieures en perte de repères.

«Cela peut traduire une anxiété liée à la disparition de l’État providence et de la classe moyenne dans les sociétés occidentales, m’a-t-il dit. Parmi les gens qui se considèrent collapsologues ou qui s’intéressent à l’effondrement, beaucoup se disent en burn-out. Aujourd’hui, le discours dominant, qui est encore celui des institutions, ne correspond plus à ce que vivent et ressentent les gens au quotidien, ni à l’idée qu’ils se font du futur.»

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