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Mt Pelerin: avec les cryptos, chacun peut être son propre banquier

Publié le 04 juin 2022 05:55. Modifié le 30 juin 2022 08:45.

L’idée est simple: permettre à ses clients de devenir autonomes dans le domaine parfois obscur de la finance. C’est ce que promet l’entreprise Mt Pelerin, basée à Neuchâtel et spécialisée dans les services d’achat et de vente d’actifs numériques. Elle a été créée en 2018 par Arnaud Salomon, un ancien trader reconverti dans les cryptomonnaies.

Contrairement à d’autres intermédiaires financiers plus traditionnels, Mt Pelerin n’est pas détenteur des actifs numériques de sa clientèle. L’entreprise a développé son propre portefeuille, le Bridge Wallet, qui entre dans la catégorie des «unhosted wallet» (portefeuilles non hébergés). Cela signifie que les utilisateurs sont maîtres de leurs cryptoactifs, l’entreprise n’ayant aucun pouvoir dessus. Y compris en cas de perte. Une «grande responsabilité», comme le mentionne l’application smartphone.

Plus d’autonomie et de responsabilité

Arnaud Salomon explique: «Nous voulons donner davantage d’autonomie à nos clients, c’est la philosophie des cryptomonnaies et de la blockchain. Nous fournissons des services qui pourront, à terme, permettre à nos clients de s’extraire du système bancaire traditionnel si telle est leur volonté.»

Le Bridge Wallet embarque différents services fournis par Mt Pelerin, comme la possibilité d’effectuer des achats récurrents de cryptomonnaies avec la même somme (dollar cost averaging, DCA). Pour Arnaud Salomon, l’objectif de ce produit est de permettre aux clients de gérer leurs actifs numériques aussi simplement qu’avec un compte bancaire traditionnel, tout en étant «leur propre banquier».

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Mt Pelerin est la première entreprise suisse ayant incorporé toutes ses actions sous la forme de jetons, les Mt Pelerin Shares (MPS). «Certaines entreprises avaient déjà tenté d’imiter les droits spécifiques aux actions à travers l’utilisation de jetons, précise Arnaud Salomon. Les détenteurs de ces jetons pouvaient par exemple bénéficier d’un droit de vote consultatif ou d’une participation aux bénéfices, mais ils n’étaient pas des actionnaires juridiquement parlant.»

L’objectif pour l’entreprise était de donner la qualité pleine d’actionnaire, incluant les droits sociaux et patrimoniaux, aux détenteurs de MPS. Aujourd’hui, n’importe qui peut acquérir des parts de Mt Pelerin en s’enregistrant auprès de l’entreprise pour être inscrit sur le registre des actionnaires. La société a développé une plateforme open source pour gérer l’émission, la distribution, les transferts et la compliance d’actifs numériques. Ce module, intitulé Bridge Protocol, supporte plusieurs blockchains et permet à n’importe quelle entreprise d’émettre ses propres jetons tout en respectant la législation applicable.

Une interface entre deux mondes

Mt Pelerin développe actuellement ses services dans le secteur des stablecoins – des cryptomonnaies dont le cours est adossé à une monnaie traditionnelle, une autre cryptomonnaie ou à des métaux précieux. Pour Arnaud Salomon, les stablecoins représentent le meilleur moyen de fusionner la finance traditionnelle avec l’écosystème des cryptomonnaies.

Mt Pelerin veut ainsi servir d’interface entre ces deux mondes. Mais quel est l’intérêt de détenir une cryptomonnaie dont la valeur est adossée au franc, à l’euro ou au dollar? «Les stablecoins ont l’avantage d’être interopérables avec les blockchains publiques et la finance décentralisée (DeFi)», assure Arnaud Salomon.

Récemment, les projecteurs se sont d’ailleurs braqués sur ces stablecoins, puisque l’un d’entre eux, le TerraUSD, a perdu son ancrage avec le dollar. Mais il s’agissait d’une forme particulière de stablecoin, dite algorithmique. Les deux principales cryptomonnaies dites stables, l’USDT et l’USDC, sont gérées par des entités centralisées qui détiennent des réserves en dollar ou équivalentes sur un compte bancaire pour chaque jeton émis.

Mt Pelerin a développé ses services autour de plusieurs clientèles cibles:

  1. Le grand public, avec un service d’achat et de vente de cryptomonnaies.

  2. Les grandes fortunes, pour lesquelles l’entreprise apporte des services sur-mesure. Ces  «nouveaux cryptoriches» peuvent ainsi bénéficier d’un accompagnement pour transformer leurs cryptoactifs en monnaies traditionnelles, par exemple pour déposer leurs avoirs auprès d’une banque privée. Mt Pelerin vérifie l’origine des fonds et s’assure que les avoirs respectent les lois en vigueur.

  3. Les entreprises, qui veulent être accompagnées dans la tokénisation de leurs actions.

Mt Pelerin revendique 42'000 applications installées, un volume moyen d’achat et de vente de cryptomonnaies de 10 millions de francs par mois via son Bridge Wallet et 197 actifs numérisés utilisant sa plateforme Bridge Protocol. L’entreprise ne communique pas les chiffres liés à ses clients fortunés.

Tout en visioconférence

Elle emploie une dizaine de personnes, à Neuchâtel, Lausanne, Genève et en France voisine. Pendant la pandémie, Mt Pelerin a quitté ses bureaux genevois et loue un espace de travail à Neuchâtel. «Mais le Covid a profondément modifié notre manière de travailler, confie Arnaud Salomon. A tel point qu’on ne ressent plus le besoin d’avoir nos propres locaux pour l’instant.»

Cette approche décentralisée et numérisée se retrouve aussi dans le rapport entre l’entreprise et ses quelque 800 actionnaires. Pas d’assemblée générale dans une immense salle, mais un suivi en ligne via l’application Bridge Wallet. Les détenteurs d’au moins un jeton MPS – une action de Mt Pelerin – peuvent accéder à une salle virtuelle et regarder en direct la présentation d’Arnaud Salomon. Chaque actionnaire peut consulter la documentation et prendre part aux votes via son smartphone.

Arnaud Salomon affirme que Mt Pelerin va continuer à étendre son offre. Des annonces auront lieu durant la deuxième partie de l’année. L’entreprise souhaite également développer une façon de gérer la transmission des actifs numériques en cas de décès. «Aujourd’hui, il n’existe aucun protocole clair, résume Arnaud Salomon. La transmission est une question fondamentale et nous réfléchissons à des règles qui pourraient faciliter la démarche.»

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