Le barrage de Melkefoss, à la frontière entre la Russie et la Norvège, a suscité de vives réactions dans les années 1970. Son électricité approvisionnait la mine de fer de Kirkenes. | RBH

En Arctique, quand les barrages endiguent les droits des Samis

Alors qu’en Europe, les projets fleurissent pour décarboner l’économie, l’hydroélectricité norvégienne veut devenir la «batterie des énergies renouvelables d’Europe». La force de l’eau approvisionne d’ailleurs déjà les industries du Finnmark - dont des mines de cuivre et de fer - en électricité «verte». Cette énergie «propre» a néanmoins un coût social et environnemental. Bien au-dessus du cercle polaire, à la frontière russe, ces barrages racontent l’histoire tumultueuse de l’exploitation hydraulique.

Publié le 02 décembre 2021 08:30. Modifié le 19 mars 2022 13:53.

A l’extrême Nord-Est de la Norvège, Kirkenes — la future «Singapour de l’Arctique» – ne donne pas envie de s’y attarder. Plutôt qu’accueilli, on s’y sent observé. Des caméras de surveillance pivotent au passage de ma petite voiture rouge. Cinq heures de route m’ont menées sous les grues colossales d’un port désert sur la mer de Barents. Pas de mine de fer à l’horizon, ma supposée destination. Je voulais photographier ce site qui aurait rempli un fjord entier de déchets miniers.

  • Tu verras, c’est difficile de louper la mine, m’avait-on dit.

Soudain, un fourgon apparaît. Un homme en uniforme orange fluo en surgit. Je le salue, il m’ignore. Dans son regard, je surprends une once d’irritation. Une clôture électrique s’ouvre avec un bip sonore. L’ouvrier redémarre et patiente jusqu’à ce que la grille se referme… sans moi. Je me dis que je dois être au bon endroit.

Kirkenes, c’est en quelque sorte la porte d’entrée de l’Arctique et du nord de l’Europe. Un chaudron géopolitique, à la frontière russe. A 200 kilomètres à l’est, le long de la côte découpée, la prochaine grande ville est Mourmansk, ancien centre de l’industrie navale et militaire soviétique, d’où partent désormais la houille et les hydrocarbures russes vers l’Union européenne. Il faut dire qu’ici, tout est d’importance stratégique. Même le réchauffement climatique rime avec opportunités économiques: si certains se préoccupent de la fonte de la banquise estivale, d’autres y voient une carte à jouer. C’est le cas de Rune Rafaelsen, maire de Kirkenes, qui rêve d’une nouvelle vie pour sa ville industrielle de 3500 âmes. Il cumule déjà les voyages d’affaires en Chine, où il négocie la métamorphose de Kirkenes en premier port commercial européen de la future route de la soie polaire (aussi appelée le passage du Nord-Est). De quoi desservir les ressources énergétiques et minières du Finnmark.

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