Dans le nouveau monde, le pétrole vaut moins que rien, et ce n’est pas une formule

Or noir, drôle de nom pour un fluide dont plus personne ne veut. La journée de lundi a été épique sur le marché du brut. Une première absolue dans l’histoire pourtant mouvementée du pétrole, le liquide qui rend fou. Récit.

Une longue journée, aspiré par un chiffre et une courbe sur un écran, direction les abysses. Ce lundi, j’ai regardé le brut chuter. Hier en milieu d’après-midi, le baril de WTI (West Texas intermediate, la cote de référence aux États-Unis) était encore à $11, en baisse de dix dollars depuis la clôture de vendredi. Le début d’une débandade. Vers 17 heures, ça tournait saumâtre: le même baril ne valait plus que quatre misérables dollars.

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A 18h48, j’ai commencé à me demander s’il n’y avait pas des soucis avec la connexion wifi ou un hacker à l’œuvre quelque part sur la ligne. Parce que sur la page Markets/Commodities/Energy de Bloomberg, le baril de brut US ne valait plus qu’un dollar et des poussières, moins cher que l’eau du robinet.

Et au moment où j’écris ces lignes, 21h49 en Suisse, mais 15h49 à Wall Street où se trouve «physiquement» le Nymex (New York Mercantile Exchange), ce satané baril vaut -38,08 dollar, en chute de 308,43%. Moins trente-huit dollars, en chute de trois-cent-huit pourcents, il faut l’écrire en toutes lettres pour le croire. Le pétrole américain vaut donc moins que zéro, et pas qu’un peu.

Bien sûr, il y a une explication. Cette chute libre est la conséquence de la technique de fixation du prix. Les traders prennent en compte différents paramètres, comme la qualité du liquide (soufré ou pas, plus ou moins visqueux, etc.), sa provenance, et surtout la date à laquelle il va être livré. Ces notions n’influent que légèrement sur le cours, si bien qu’elles ne sont connues que des seuls spécialistes. Pour faire court, disons qu’en temps normal, en dehors des marchés pétroliers, personne ne fait attention à ces détails.

Le liquide qui rend fou

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