Asnières-sur-Seine, dans le nord de Paris. Démolition de la barre des Gentianes en 2011. Valerio Vincenzo / Hans Lucas
Béton, la fin d'une ère? | épisode № 03
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Le béton, chronique d’une obsolescence programmée

Dans l’imaginaire collectif, le béton armé est éternel. Or des ponts s’effondrent et des barrages cèdent régulièrement. Comment cela est-il possible? Le béton et l’acier exposés aux intempéries font mauvais ménage, entraînant sa perte en moins de 100 ans, voire 50. Il existe une autre pathologie, la RAG, très présente en Suisse, qui se développe de l’intérieur faisant gonfler et fissurer le béton. Doit-on s’inquiéter? Dans le reste du monde probablement. En Suisse, on prend cela très au sérieux, et cela va coûter très cher au contribuable.

Mon cœur battait très fort, ma tête tournait et je titubais en sortant du Panthéon de Rome. Je me repris doucement à la terrasse d’un café dont la spécialité était la granita al caffè con panna, de la glace pilée au café surmontée de crème fouettée. Mon amie romaine éclata de rire :

  • Un algerina con la sindrome di Stendhal !

  • C’est quoi le syndrome de Stendhal ?

  • C’est quand tu éprouves tellement d’émotions devant la beauté d’un bâtiment que cela te donne le tournis! Stendhal l’a ressenti après avoir visité la basilique Santa Croce de Florence.

J’avais 19 ans et le syndrome de Stendhal avait dû m’échapper lors de mes cours de français au lycée. Quelques années plus tard, de retour dans la capitale italienne pour un échange universitaire Erasmus avec mon école d’architecture de Paris-Belleville, on me demanda d’étudier un bâtiment de la Rome antique.

Je choisis sans hésiter le Panthéon.

Et quelle fut ma surprise lorsque je découvris que non seulement la coupole était en béton, en béton romain, mais qu’elle est encore aujourd’hui la plus grande coupole en béton non armé au monde! Son diamètre de 43m, soit le double de la portée du Panthéon de Paris, n’a été dépassé qu’en 1978 par la voûte du CNIT de la Défense à Paris, mais celle-ci est armée.

Le béton des Romains, meilleur qu’aujourd’hui

Tout faisait sens: j’étais dans l’école du béton à Paris et j’avais éprouvé le fameux syndrome de Stendhal en découvrant une coupole immense et majestueuse en béton. Le béton était mon destin.

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