Illustration: Juliette Barbanègre

«J’imaginais une antivax, une complotiste. Je me suis d’abord interdit de lire ses articles»

En 2016, Grégoire Etrillard demande une contre-expertise. Le juge d’instruction mandate trois nouveaux médecins pour répondre à la question suivante: «Peut-on, dans le cas d’Eitan, exclure le diagnostic d’une maladie préexistante, notamment d’une thrombose veineuse?» L’un de ces experts, Jean-Claude Mselati, est un homme un peu raide, qui porte une cravate fermement nouée sous sa blouse blanche. Contrairement à Waney Squier (voir l’épisode précédent), il croit au syndrome du bébé secoué. Mais il conteste la position de la Haute Autorité de Santé, «qui ne permet aucune nuance».

Publié le 22 juin 2022 10:00. Modifié le 23 juin 2022 10:48.

Aujourd’hui pédiatre à l’hôpital d’Orsay, dans l’Essonne, Jean-Claude ­Mselati a commencé sa carrière comme chef du service de réanimation pédiatrique à l’hôpital Necker. «Les traumatismes graves de toute ­l’Ile-de-France nous arrivaient. Je vois des hématomes sous-duraux chez des nourrissons depuis toujours. A l’époque, on essayait de comprendre.» D’après lui, des enfants fragiles ou porteurs de certaines maladies peuvent saigner sans avoir été secoués.

Dans 80% de ses expertises, Jean-Claude ­Mselati estime qu’il y a des explications alternatives au secouement. «Parfois, je suis déjugé par les magistrats. D’autres fois, ils sont ravis que je puisse les aider.» Il dit faire ces expertises «pour rendre service», parce que «ne pas prendre position serait manquer de courage». Proche de la retraite, il revendique «quelques heures de vol» et une liberté de ton que ses jeunes confrères ne peuvent pas se permettre. Il assure qu’au nom de la protection de l’enfance, le système «fracasse des familles». «Des enfants retirés à tort à leurs parents, j’en ai vu beaucoup», m’assure Jean-Claude ­Mselati.

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