Notre journaliste Sami Zaïbi alors qu'il tourne des images pour AgoraTV à Genève le 12 septembre. Capture d'écran, Léman Bleu
Au cœur de la complosphère | épisode № 05

Le complotiste qui sommeille en moi

A force de passer du temps avec les complotistes, je commence à douter de ma propre perception du monde et vois les fondements de mon univers vaciller.

Au fil des semaines et des tournages, je me rapproche de plus en plus de mes chers complotistes. Je comprends petit à petit que tous ont été cabossés par la vie. Ils en portent encore les stigmates et le complotisme leur sert parfois de «béquille psychologique». Ces brisures sont à la racine de leur rejet du système, de ses informations, ses valeurs et ses rouages. A ce titre, le complotisme que j’observe au plus près depuis maintenant un mois relève de la même logique d’endoctrinement que celle du djihadisme ou tout autre intégrisme religieux ou politique - sans en présenter les dangers, heureusement.

Cependant, comme pour tout groupe marginal, le retrait du reste de la société ne comporte pas que des inconvénients. Entre eux, les complotistes sont d’une grande solidarité, ce qui me fait un peu penser à mon expérience au sein de l’armée suisse. Plus le groupe est à l’écart du monde, plus il devient organique, insécable. Ainsi, les complotistes d’Agora TV se révèlent, dans la réalité, aussi humains et gentils qu’ils semblaient vindicatifs et agressifs en vidéo. Leur bienveillance à mon égard me désarme et me met mal à l’aise. Les trahir ne sera pas chose facile.

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