Illustration: Kalonji pour Heidi.news
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Viol intellectuel au Salk Institute

Robert Malone avait 29 ans quand il fit une découverte majeure: il est possible d’amener de l’ARN messager protégé par une boule de graisse dans des cellules de culture pour produire des protéines. Le principe même des vaccins ARN. Il est alors au Salk Institute, le temple de la recherche génétique. Résultats épatants, qui se répéteront sur des embryons de grenouille. Mais le scepticisme autour de l'ARN et un brevet jamais déposé vont broyer ses espoirs et faire perdre des années. Robert Malone a aujourd'hui l'amertume de ceux qui ont eu raison trop tôt.

En dépit du paysage bucolique de la Virginie à l’automne qui décore la conférence Zoom de l’interview qu’il me donne, Robert Malone bouillonne. «Je suis très content que vous m’ayez contacté», commence-t-il par dire, sous-entendant que personne d’autre n’y a pensé. De fait, avec son épaisse barbe blanche et son faux air d’Ernest Hemingway, Robert Malone est bien le pionnier de la technologie d’ARN messager. Celle qui a permis de développer à une vitesse fulgurante les premiers vaccins contre la pandémie Covid-19 qui paralyse encore le monde à l’approche de l’été 2021.

Certes, l’arbre généalogique de cette technologie a de nombreuses branches. Il est évident qu’elle s’est construite sur des décennies de recherches fondamentales et une multitude de progrès collectifs. Toutefois, la littérature scientifique le démontre: Robert Malone a bien co-signé, en août 1989, le premier article exposant une recherche montrant la possibilité d’amener de l’ARN messager protégé par une petite boule de graisse (un liposome) dans des cellules de culture, pour qu’il puisse délivrer là les informations nécessaires à la fabrication de protéines.

L’article fondateur

C’est donc à ce moment précis, en 1989, que la science de l’ARN (voir le prologue) commence à devenir une technologie. Le principe à l’origine des vaccins à ARN messager de Pfizer-BioNTech et de Moderna, qui ont reçu en novembre 2020 l’autorisation d’être injectés à des centaines de millions de gens, remonte bien à cet article et ses trois signataires (Robert Malone étant le principal). Entre cette publication dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences et le moment, en 2020, en pleine pandémie, où des vaccins basés sur ces recherches vont jouer les quasi sauveurs de l’humanité, trois décennies se sont écoulées. Que s’est-il passé en 30 ans?

Jusqu’à maintenant, la technologie d’ARN messager n’avait jamais réussi à obtenir le sésame de l’industrie pharmaceutique: une autorisation de mise sur le marché. Alors qu’il est désormais probable que l’incroyable succès de cette technologie soit un jour couronné par un prix Nobel . Cela promet une belle bataille en paternité, qui ne sera au fond que le reflet de l’histoire mouvementée de l’ARN messager.

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