Illustration: Kalonji pour Heidi.news
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Quand les succès de Kariko et Weissman font la fortune des autres

Cet épisode raconte un périple, de la Hongrie à l'Allemagne en passant par de prestigieuses universités américaines. Mais c'est surtout un périple de recherche: comment deux obsédés de l'ARN messager, la Hongroise Katalin Kariko et l'Américain Drew Weissman, vont faire la découverte qui ouvre le champ des applications thérapeutiques. Sans cesse à court de moyens, ils n'auront pas assez d'argent pour acheter le brevet de leur propre recherche mais c'est bien d'eux que l'on parle, aujourd'hui, pour un prix Nobel...

Beaucoup de recherches fondamentales sont menées par des scientifiques qui, une fois leurs résultats publiés, passent à autre chose. Katalin («Kati») Kariko et Drew Weissman ne sont pas de cette espèce. Durant toute leur carrière, ces deux-là ont tapé sur le même clou.

Un de leurs coups de marteau apparaît aujourd’hui particulièrement bien ajusté: la publication en août 2005 de leur article le plus crucial dans la revue scientifique Immunity. Le titre vous laissera songeur: «Suppression of RNA recognition by Toll-like receptors: the impact of nucleoside modification and the evolutionary origin of RNA». Et pourtant presque tout est là: pourquoi les transfections d’ARN messager déclenchaient des réponses immunitaires parasites provoquant de fortes réactions inflammatoires, pourquoi ça n'avait pas marché pour leurs prédécesseurs?

«To be honest with you», comme presque tous mes interlocuteurs américains le répètent en guise de ponctuation de leurs explications, cette publication passée presque inaperçue à l’époque a rendu possible les deux premiers vaccins à ARN messager contre Covid-19 approuvés à l’automne 2020, ceux de Moderna et de Pfizer-BioNtech. Mais il aura fallu pas mal d’autres coups de marteaux pour en arriver là.

Les journalistes qui se penchent désormais sur ce couple de chercheurs nobélisables ont beaucoup parlé de leur rencontre devant la machine à photocopier commune de leurs laboratoires respectifs à l’Université de Pennsylvanie, en 1998. Ils se sont moins étendus sur l’alchimie de deux personnalités à ce point différentes. Dans le living de sa maison de Philadelphie où elle a accepté mon invitation de visioconférence, Katalin Kariko, dite Kati, se montre volubile et chaleureuse. Son raisonnement circule à 100 km/h et ne freine pas dans les virages.

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