Jon Wolf et Phil Felgner. Illustration: Kalonji pour Heidi.news
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ARN ou ADN? A une lettre près, Merck décrochait la timbale

L'ARN est réputé «instable». Tout se passe mieux pour son cousin l’ADN: sa réputation de stabilité, mais aussi les choix des scientifiques et des managers des entreprises pharmaceutiques comme Merck en font le chouchou des biologistes moléculaires. Ils se trompaient. L’histoire que vous allez lire, c’est le début de l’explication de la sidérante absence des grandes entreprises pharmas dans la course aux vaccins contre le Covid en 2020.

«Instable!» Combien de fois les pionniers de l’ARN messager auront-ils entendu tomber ce couperet précipitant l’abandon de recherches prometteuses, fermant le porte-monnaie des agences de financement ou des pharmas et faisant parfois dérailler leur carrière?

Il est exact que l’ARN messager est «instable», comme disent les biologistes. Ce qui veut dire fragile pour vous et moi. Et inefficace dans le langage des entreprises pharmaceutiques. Ce qui n’est pas étranger à leur mépris durable pour l’ARN messager, comme on la le voir.

Dès que l’ARN entre dans le vivant, certaines molécules ont été spécialisées par l’évolution pour le détruire, aussi bien dans la cellule qu’à l’extérieur. En présence de ces molosses conçus pour le dévorer, la durée de vie de l’ARN messager n’est que de quelques minutes dans l’organisme.

Mammouths sibériens

A l’inverse, l’ADN apparaît comme un monument de stabilité. Si stable, même, que l’on en trouve des fragments intacts dans des fossiles de mammouths enfouis dans le permafrost sibérien depuis des centaines de milliers d’années. Et que l’on commence aujourd’hui à s’en servir comme support pour conserver indéfiniment l'information numérique.

Cette différence explique en grande partie pourquoi les premières transfections d’ARN (voir l’épisode précédent, il s’agit du processus consistant à envoyer un ARN messager de synthèse dans une cellule, pour qu’il délivre les informations nécessaires à la production de protéines) se sont provisoirement transformées en impasse scientifique.

Tout se passe mieux pour son cousin l’ADN: sa réputation de stabilité, mais aussi les choix des scientifiques et des managers des entreprises pharmaceutiques comme Merck qui vont amener ces technologies chez les premiers patients en font le chouchou des biologistes moléculaires. L’histoire que vous allez lire, c’est le début de l’explication de la sidérante absence des grandes entreprises pharmas dans la course aux vaccins contre Covid en 2020.

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