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«Si les écoles ferment, comment les élèves seront-ils évalués?»

Une école fermée: le scénario du pire que le DIP veut éviter à tout prix | Keystone / Martial Trezzini

La semaine de réponses à nos lecteurs a inspiré plusieurs classes du cycle d’orientation de La Gradelle, à Chêne-Bougeries (GE). Auxquelles nous répondrons assidûment dans les semaines à venir. Mais, pour patienter, voici déjà une première question qui a retenu notre attention. Elle est posée par la classe 1011, désireuse de savoir ce qu’il adviendrait d’elle en cas de scénario du pire:

«Si les écoles ferment, comment les élèves seront-ils évalués?»

La réponse de Julien Pralong, journaliste à Heidi.news. Chère 1011, merci pour votre question qui, j’en suis persuadé, taraude bien au-delà de votre classe et bien au-delà du Cycle d’orientation. Je limiterai pourtant ma réponse à l’enseignement secondaire, puisque c’est lui qui est au centre de vos préoccupations. Je vous demande d’emblée un effort, car la prochaine phrase est probablement de nature à déclencher de vives réactions. Pour faire court, avant de développer: on n’en sait rien, mais c’est tout à fait logique! Je m’explique.

Tout sauf une fermeture. Le cas de figure qui sert de point de départ à votre question est le scénario du pire, à savoir la fermeture des écoles. Or c’est précisément ce que veulent éviter tous les cantons, Genève et la Suisse romande en tête. Le maintien de l’école obligatoire en présentiel est LA priorité absolue de tous les départements de l’instruction publique du pays. Lesquels sont à pied d’œuvre depuis de longs mois afin que ne se reproduise pas le choc du vendredi 13 mars 2020, lorsque l’on a appris que les établissements scolaires devaient fermer.

Bien sûr, toutes les mesures et tous les dispositifs mis en place sont loin d’être parfaits et vous, élèves et professeurs, êtes aux premières loges pour en attester. Mais ils ont eu le mérite de maintenir le paquebot à flot, malgré la complexité extrême du défi. Complexité extrême car votre réalité (pédagogique, biologique, technologique, psychologique, logistique, etc.), au C.O., n’est pas celle de l’école primaire ni celle du secondaire II, pas plus que celle de l’univers académique. Face à tant de besoins différents et tenant compte d’une situation sanitaire qui évolue sans cesse, le DIP ne peut tout bonnement pas consacrer son temps et son énergie à élaborer des plans précis et à les adapter à des situations qui n’existent pas. A titre très personnel, je ne me sens d’ailleurs pas le droit d’exiger cela de lui.

Inégalités creusées. La fermeture durant la première vague a eu des conséquences lourdes pour l’Instruction publique, en particulier pour les élèves. Les inégalités structurelles de notre système éducatif ont encore été creusées par «l’école à distance». Malgré cela, l’édifice a tenu bon et les autorités, d’abord en tâtonnant, ont apporté des réponses qui sont aujourd’hui autant d’expériences devant servir, si besoin est, à mieux réagir à l’avenir.

Plans de continuité. Engagé sur plusieurs fronts, le DIP a défini ce qu’il appelle des «plans de continuité» répondant aux circonstances actuelles. Dont un spécialement dédié au Cycle d’orientation. Vous le constaterez, le protocole en place ne vaut que pour un cas, celui de l’absence d’un ou de plusieurs élèves (pour cause de maladie et/ou de quarantaine). Et il n’y est presque question que d’enseignement, peu d’évaluation, partant du principe que les élèves empêchés de venir en classe ne le seront que pour une durée limitée et qu’ils pourront ainsi être évalués en présentiel à leur retour.

Je le redis, aucun plan strict n’a été élaboré pour anticiper une nouvelle fermeture totale des écoles (nouvelle fermeture qui reste pour l’heure du domaine de la fiction). Le DIP rappelle cependant qu’il a été en mesure, au printemps dernier, d’évaluer des élèves du secondaire II en présentiel, mais uniquement grâce à des dispositifs exceptionnels (organisation dans de vastes salles avec distanciation, etc.). Laborieux – vous êtes quand même quelque 13’000 à fréquenter le C.O. –, compliqué et coûteux, mais pas impossible, donc.

Avant d’en arriver là, et je m’en réjouis, le DIP mettra néanmoins tout en œuvre pour maintenir ses établissements ouverts. Quitte à recourir à d’autres mesures drastiques, comme l’enseignement en demi-classe par exemple.

Le débat est ouvert! Voilà tout, chère 1011, et c’est malheureusement bien peu. Votre question, légitime, pose donc la question du devoir d’anticipation de l’Etat. Tiens, à mon tour peut-être de vous donner un peu de boulot, ainsi qu’à votre enseignant, en vous proposant un thème d’instruction civique et citoyenne. Alors, qu’est-on en droit d’exiger de l’Etat? Peut-on aller jusqu’à exiger l’impossible, comme d’avoir une solution toute faite pour chaque cas de figure imaginable? A vos stylos, vous avez deux heures!

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