On en sait plus sur le crédit social chinois, et ce n'est pas ce que vous croyez

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Décrit comme un contrôle dystopique de la population tout droit sorti de 1984, ce système est pour l'instant bien moins poussé et centralisé qu'il n'y parait.

On en sait enfin un peu plus sur le crédit social chinois, et si cette mesure demeure floue, on est pour l’heure encore loin du concept dystopique si souvent dépeint en Occident.

Les médias officiels ont annoncé mi-novembre la publication d’un projet de loi du gouvernement central, relate Technology Review, qui a pour ambition de guider les futures mises en œuvre dans les différentes régions du pays. Son contenu soulève certes plus de questions qu’il n’apporte de réponses, mais il permet au moins de dire ce que le crédit social n’est pas.

De quoi on parle. Le crédit social chinois suscite beaucoup de fantasmes en Occident, et est généralement décrit comme l’instrument de contrôle ultime mis en place par les autorités communistes pour conserver le contrôle sur la population, en s’appuyant notamment sur les nouvelles technologies comme la reconnaissance faciale.

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Or, c’est un peu plus compliqué que cela. Comme l’explique le média américain, ces croyances remontent à 2014, lorsque le gouvernement chinois a indiqué le lancement jusqu’en 2020 d’expérimentations dans le but de construire un système qui gratifie les actions qui génèrent de la confiance dans la société et pénalise les mauvais comportements.

Dans les faits, la notion de crédit social regroupe deux choses différentes:

  • Les notations de crédit, qui s’appliquent tant aux individus qu’aux entreprises. L’Occident a déjà mis en œuvre des systèmes avancés permettant d’évaluer la situation financière des consommateurs et des entreprises. Cela permet de prédire la capacité de remboursement d’une personne qui demande un prêt. La Chine a une économie plus jeune et ne dispose pas encore d’un tel dispositif.

  • L’évaluation morale, qui est l’élément que l’on associe volontiers au concept de «crédit social». Il s’agit d’inciter des comportements socialement bénéfiques, grâce à des récompenses et des punitions. Par exemple, des citoyens qui disposent d’une mauvaise notation sociale peuvent être limités dans leurs interactions avec le gouvernement, et interdits de quitter le territoire national. A l’inverse, les «bons citoyens» bénéficient d’accès privilégiés aux subsides, entre autres.

Pourquoi c’est compliqué. Pour l’heure, il n’existe pas de législation à l’échelle du pays pour codifier les pratiques en matière de crédit social en Chine. Ce projet du gouvernement fédéral, qui arrive avec deux ans de retard, est la première ébauche du genre. Jusqu’ici, les expérimentations ont été menées par des gouvernements locaux, et certains systèmes mis en place ont d’ailleurs suscité la controverse.

Technology Review prend l’exemple de la ville de Rongcheng, qui a instauré dès 2013 son propre système de crédit social, sur une base de 1000 points. En 2016, une loi, depuis lors révisée, avait instauré la possibilité pour les habitants de perdre 50 points en cas de diffusion de fausses informations en ligne, et d’en gagner 40 lors d’une victoire dans une compétition sportive.

De tels systèmes ont encore peu d’effet dans la vie quotidienne des Chinois, dans la mesure où ils n’ont jamais été adoptés à l’échelle de toute une province. Si rien ne dit que le crédit social ne pourra pas un jour devenir un système géré sur le plan national, le gouvernement chinois a plutôt montré des signaux inverses. Il a notamment remis à l’ordre des villes qui avaient instauré des punitions pour les citoyens qui triaient mal leurs déchets ou ne portaient pas leurs masques chirurgicaux.

Le rôle de la tech. Comme les systèmes de crédit social sont pour l’instant limités à des gouvernements locaux, il n’existe pas encore de base de données centralisée qui donnerait accès aux informations de l’ensemble des citoyens. Dès lors, relève le média américain, la technologie joue un rôle périphérique. Le fantasme d’un système algorithmique qui analyserait les données personnelles des citoyens chinois pour leur attribuer une note ne repose sur aucun élément factuel.

En revanche, le projet de loi du gouvernement central évoque le besoin d’une infrastructure qui permettra, à terme, d’accéder aux différentes informations collectées par les agences gouvernementales dans le but d’affiner la notation des individus et des entreprises, ce qui pourrait impliquer davantage de technologies dans le processus.

S’il n’y a pour l’heure aucune dystopie technologique qui ferait de la Chine l’exemple parfait du mal absolu, l’idée même d’un crédit social soulève d’importantes questions. Qu’un gouvernement cherche activement à favoriser certains comportements qui lui sont favorables — et qui ne le sont pas nécessairement pour la société dans son ensemble — n’a rien d’anodin.

Mais la Chine est-elle le seul pays à caresser ce rêve d’un meilleur contrôle social? En Occident, les notations de crédit des individus ont un effet direct sur leur vie, et leur ferment des portes en fonction des résultats. A l’heure où l’on cherche désespérément à changer les comportements individuels pour limiter le réchauffement climatique, la tentation d’un système de récompense qui gratifie les citoyens qui adoptent les bons gestes pourrait aussi apparaître en Occident. La Chine ne doit pas servir d’épouvantail, mais ses décisions en matière de crédit social méritent d’être observées.

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