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Une performance photographique née à la veille du confinement

Le selfie de Sébastien Agnetti.

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Au restaurant Le National de Vevey, ce vendredi 11 septembre au soir, sous l'impulsion du photographe Sébastien Agnetti, la performance photographique «Everything is under no control» verra le jour. Et tout a commencé à la veille du confinement.

Sébastien Agnetti se souviendra longtemps du vendredi 13 mars 2020. Ce jour-là, le portraitiste rentre d’un shooting et se rend le soir au National pour fêter l’anniversaire de son fils de 9 ans. Un peu de joie au milieu de la tourmente. Depuis quelques jours déjà, un intrus répand la terreur en Suisse romande: la population est en état de sidération face au nouveau coronavirus qui se transforme en pandémie.

«En entrant dans le restaurant, j’ai croisé le regard inquiet du patron, se souvient-il. Je lui ai demandé s’il avait entendu les mesures annoncées par le Conseil fédéral pour protéger la santé de la population, on sentait que c’était pas bon. Nous avons pu partager cette soirée malgré tout, tout en étant conscients que le lendemain, tout serait différent.» En effet, son fils ne retournera pas à l’école le lundi suivant. A partir de là, ce sera école à la maison. Avec tout ce que cela implique d’organisation, surtout pour un papa photographe indépendant. Pour lui, d’un jour à l’autre, il n’y a plus de travail. Au mieux, tout est repoussé à plus tard. Au pire, les commandes en cours sont annulées.

«Il m’a fallu un moment pour réaliser. Après le stress du début, j’ai beaucoup suivi les news pour rester connecté et comprendre ce qui nous arrivait. Une multitude de sentiments d’entrechoquaient. Je me sentais protégé chez moi, en même temps, sans boulot, la question de la survie planait en permanence. Les démarches administratives pour obtenir de l’aide, c'est compliqué en ayant l’esprit obnubilé par ce qui se passe dans le monde.» Dans son cas heureusement, les aides fonctionnent bien.

Cette période n’est pas qu’angoissante, elle est aussi propice aux réflexions pour Sébastien Agnetti. «Pendant les dix ans que j’ai vécus à Paris, j’ai travaillé comme un forcené. Je ne veux plus de ça. J’aime bien ralentir pour réfléchir. En ayant du temps, je me sens plus à l’écoute des autres», se réjouit-il. Le contact avec les autres, justement, lui manque terriblement pendant le semi-confinement. Alors il imagine l’après avec son ami José du restaurant Le National: un événement réunissant les travaux photographiques de ses collègues de l’agence de presse zurichoise 13Photo. Le titre? «Everything is under no control», soit en français, «Rien n'est sous contrôle». En écho avec la thématique de l’édition 2020 du Festival Images Vevey, «Unexpected. Le hasard des choses», l’événement voit le jour ce vendredi soir dès 21 heures à l’extérieur du restaurant Le National.

Andreas Wilhelm, un ancien de Das Magazin, a pris 13 photographes sous son aile et fondé l’agence 13Photo en 2009. «Aujourd’hui, nous sommes cinquante dans toute la Suisse, y compris au Tessin. On se distribue la presse nationale et parfois internationale dans nos régions respectives, explique Sébastien Agnetti . Ce soir, des travaux de 39 photographes de l’agence seront présentés et quinze d’entre eux seront sur place. Pour donner une dimension supplémentaire au diaporama conçu et interprété par le graphiste Samuel Wolf, le percussionniste Julian Sartorius improvisera des rythmes à la batterie inspirés par les images qui défileront.»

Au rendez-vous, des portraits, des reportages, ainsi que des petits films seront projetés: «Le fil conducteur, c’est cette collection d’accidents qui crée une réalité un peu aléatoire. Le photographe qui documente la vie, n’est pas censé tout contrôler. Il doit jouer avec les hasards. Ce mélange entre des séquences d’images douces, d’autres plus dures ou encore expérimentales, dévoile des sensibilités très différentes. Célébrer le réel, c’est aussi important.»

Sébastien Agnetti se réjouit: «Quand tu fantasmes quelque chose qui se concrétise et que tout le monde est enthousiaste, c’est très porteur, c’est génial.» Surtout, la performance de ce soir tord le cou à l’idée d’un Röstigraben renforcé pendant le semi-confinement avec des Suisses-allemands bien plus sereins face au Covid-19 que les Romands. Ce soir, en invitant ses confrères zurichois à Vevey, Sébastien Agnetti contribue symboliquement à briser la barrière. La boucle est bouclée. Et en beauté.

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