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Rencontre avec le très joueur patron du Musée d’histoire de La Chaux-de-Fonds

Francesco Garufo. Photo: Mathieu Spohn

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A l’abri d’une villa bourgeoise du 19e siècle, le Musée d’histoire de La Chaux-de-Fonds vient de présenter sa nouvelle offre ludique. «Le public que l’on doit conquérir, c’est celui qui ne vient pas au musée», lance de sa voix de crooner Francesco Garufo, conservateur et directeur des lieux. «Il faut désacraliser les musées, qui ne sont absolument pas des lieux de culture bourgeoise réservés à une élite. Ils sont financés par les collectivités publiques et appartiennent en conséquence à la population, à tout le monde.»

Loin des mondanités, Francesco Garufo apprécie le côté un peu rock’n’roll de la «ville-manufacture» comme la décrivait Karl Marx. Et au moment où commence «L'Histoire en Jeux» dans son musée, avec un projet de jeu d’enquête inspiré par le Cluedo et le colonel Moutarde, ainsi que de nombreux jeux de société revisités en mode chaux-de-fonnier, on ne résiste pas à lui demander quel type de joueur il est: «Je suis un compétiteur né, avoue-t-il en riant. J’aime la compétition pour le dépassement. C’est pour cette raison que j’aime aussi le sport, on apprend à perdre, à gérer nos émotions. C’est une immense école de vie.»

Francesco Garufo est aujourd’hui particulièrement satisfait de pouvoir ouvrir l’exposition en respectant le calendrier prévu avant le semi-confinement. Un pari réussi selon lui en grande partie grâce à l’engagement sans faille de son équipe. Il repense à cette période spéciale comme à un moment en demi-teinte. «La frontière entre vie professionnelle et vie privée était très floue. J’étais à la maison sans y être complètement. Pareil pour le travail, on y était mais pas tout-à-fait. Diriger une équipe à distance, ce n’est pas évident. Il est très important de garder le lien, de conserver des horaires de travail.»

Car le directeur n’est pas un loup solitaire, au contraire. Pour lui, le réel l’emportera toujours sur le virtuel. «Le véritable réseau social n’est évidemment pas virtuel. Mais quand il ne reste plus que les médias sociaux pour être en contact, on fait avec. En temps normal, je suis en contact permanent avec des gens et je ne ressens pas le besoin de me balader sur les réseaux sociaux.» Mais là, c'était différent. Dès le printemps 2020 et pendant la période de fermeture, le musée a donc profité du confinement pour renforcer sa présence numérique, notamment par le biais de capsules vidéo, très appréciées et partagées. «Nous avons dû nous réinventer et fonctionner autrement, souligne-t-il. Nous avons improvisé sans véritables moyens. Le résultat était plutôt sympa et au moins, nous existions.»

Le confinement fut donc productif en ligne avec des innovation souvent construites à la maison. Mais pas question pour Francesco Garufo de se laisser aller sous prétexte de télétravail. «Je n’aurais jamais pu travailler en training à la maison, je me baladais en chemise et en pantalon.» Il faut dire que l’importance qu’il accorde à l’apparence ne date pas du confinement. Sourire en coin et les yeux brillants, l’homme de 48 ans se souvient de son adolescence, lorsqu’il était en apprentissage de peintre en bâtiment auprès de son père artisan: «A l’école, c’était une catastrophe, j’étais très indiscipliné. Hormis quelques matières comme la géographie et l’histoire, je m’ennuyais. Mon intérêt se portait sur les fringues, la musique, le foot et les filles. Le reste ne m’intéressait pas. Depuis l’âge de douze ans, j’aidais sur les chantiers pour me faire un peu d’argent et me payer des fringues.» Et pas n’importe lesquelles! Conforme à la tribu des «paninari» de Milan et importée en Suisse, le style se calque sur les marques qui donnaient le ton aux années 80. En Suisse, on appelait ce total look de playboy le style «gig’»: «J’avais le vélomoteur Piaggio Ciao, les lunettes Rayban, les pantalons à pinces, les mocassins, les chaussettes Burlington, le pull Benetton, le jean Emporio Armani», s’amuse-t-il à citer.

Looké de la tête aux pieds oui, mais pas cloisonné pour autant. «Pour moi, ce style vestimentaire n’étais pas une appartenance, c’était vraiment une esthétique qui me plaisait. J’écoutais du hip-hop, de la new-wave, du rock des sixties, j’allais à des concerts punk. Ensuite, j’ai découvert la soul et le funk.» Et depuis, il a aussi été piqué par le virus des études à l’issue de son apprentissage. Après avoir suivi les cours du gymnase du soir à Lausanne, il s'est dirigé naturellement vers ses passions: l’archéologie classique et l’histoire. Si son vestiaire et sa carrière ont beaucoup évolué, la musique est toujours aussi importante pour lui. Il lui arrive encore de passer des disques dans des soirées de temps en temps.

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