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Quentin Mouron : «J’ai peur de me réveiller dans un pays privé de ses salons littéraires»

Quentin Mouron. Photo: Julie Berthollet

Cet article est extrait de notre newsletter quotidienne «Sortir de la crise».

Après avoir été confiné à Vevey, Quentin Mouron savoure aujourd’hui sa liberté à Paris, flânant à Montmartre avant de retrouver sa partenaire, la violoniste Julie Berthollet. Au pic de la pandémie, l’écrivain romand a préféré effacer l’auteur et observer les agitations de la société en tant que citoyen. «Personnellement, je n’avais pas envie de jouer au saltimbanque qui lit ses poèmes sur Internet. J’ai par contre partagé quelques blagues sur Instagram», commence le jeune trentenaire connu pour son côté cynique et espiègle. Il confiera ensuite que pour lui, cette période n’était pas propice à l’écriture. Le mythe de la solitude de l’artiste, mère de toutes les muses, s’écroule. «De mon côté, on était loin d’un îlot de créativité souvent fantasmé. D’abord j’étais très sensible à l’angoisse généralisée et après une journée de télétravail sur mon ordinateur, j’avais la nausée des écrans.»

Car comme beaucoup de ses congénères, l’homme de lettres -qui avait fait une entrée remarquée dans les librairies avec son premier roman «Au point d’effusion des égouts» en 2011- a un autre métier. Il est enseignant. Et pendant la crise, il a transmis à distance les bases de la littérature et de la philosophie. «Je n’ai pas beaucoup écrit durant ce laps de temps. Par contre, j’ai plongé dans la lecture des grands essais du 20ème siècle, notamment ‘L’Etre et le Néant’ de Sartre», précise le Canado-Suisse.

Alors qu’il reprend ses marques de professeur déconfiné en juin, son texte satirique «Vesoul, le 7 janvier 2015» -finaliste pour le Prix des lecteurs de la Ville de Lausanne 2020- est traduit en allemand. La presse germanophone s’emballe, friande des écrits acérés du surnommé «Skandalautor». En France, Quentin Mouron est davantage décrit comme «l’enfant terrible» de la littérature helvète. Certains murmurent aussi qu’il est le «Houellebecq suisse».

Traçant sa propre route, l’écrivain prolifique (il a déjà 6 romans à son actif), confie avoir retrouvé un élan créatif depuis le début de l’été. «Ca vient de la relâche. Avec mon éditeur Olivier Morattel, on a eu envie de sortir un livre concept pour l’automne.» En première partie, son essai «Jean Lorrain ou l’impossible fuite hors du monde» explore les textes audacieux de ce poète oublié. Quentin Mouron retouche ensuite son propre ouvrage «L’Âge de l’héroïne» paru en 2016. «Je travaille également sur ma prochaine fiction mais elle ne sortira pas avant l’année prochaine. Pour l’anecdote, l’histoire a lieu à Bergame au nord de l’Italie. Je l’avais planifiée bien avant les terribles événements qui sont associés à la ville depuis la vague de Covid-19», raconte-t-il. La petite ville italienne est devenue tristement célèbre, martyr du coronavirus. «J’hésite à changer mais je peux aussi utiliser cet aspect».

Quand on aborde les rendez-vous littéraires incontournables, que ce soit Les livres sur les quais à Morges annoncé du 4 au 6 septembre prochain sous une autre forme ou le Salon du Livre de Genève déplacé à fin octobre, l’auteur souligne l’importance de ces manifestations. Avec la pandémie, de nombreux débats, salons et rencontres ont été annulés. «Pour de nombreux écrivains, c’est leur gagne-pain. Vivre de la vente de ses livres reste marginal. Rappelons que ces rencontres restent fragiles car elles dépendent de l’affluence de leur public. Ce n’est peut-être pas la préoccupation principale avec l’urgence sanitaire mais elles peuvent disparaître. Et j’ai peur de me réveiller dans un pays privé de ses théâtres et ses salons littéraires!»

Quentin Mouron énumère aussi l’impact sur toute la chaîne de production, dont les conséquences seront visibles à long terme: «Les éditeurs ont dû renoncer à sortir des livres. Les espaces pour en parler manquent. Mais le vrai coup dur, c’est pour les libraires. Pour tout le milieu culturel, c’est une épreuve. Les écrivains devraient s’en sortir. De toute façon, tu ne gagnes jamais de fric avec tes bouquins alors le Covid-19 n’a pas eu d’impact à ce niveau-là. Au final, je ne veux pas trop la ramener car notre situation est moins grave que pour les comédiens.»

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