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«On ne voulait pas être pleurnichards»: un film et un cabaret sur la culture confinée

Extrait de «Ballade triste», premier long métrage de la plasticienne et comédienne genevoise Zoé Cappon.

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C’est l’histoire d’une séparation et de retrouvailles qui se joue en ce moment au Cinéma Spoutnik, dans l’antre de l’Usine à Genève. Un récit en deux temps –un film et un cabaret– pour raconter l’année des artistes confinés et, enfin, fêter le public retrouvé. Qu’on se le dise, quelques jours seulement après un relâchement des mesures sanitaires, prendre place devant un spectacle de plumes et de paillettes, ça a un parfum transgressif.

Après des mois de disette culturelle, l’étau se desserre quelque peu pour les théâtres et les cinémas. Pour beaucoup d’artistes, revenir sur cette période suspendue et trouble relève d’un exercice d’extériorisation, d’un devoir de témoignage. Tourné durant l’été 2020, en plein confinement, «Ballade triste», premier long métrage de la plasticienne et comédienne genevoise Zoé Cappon, part à la rencontre de ceux qui ont été privés de scène et de public.

«La trame narrative naît du sentiment de solitude et des expériences vécues dans l’isolement, puis se déploie à partir de cette intimité pour retrouver le partage et le vivre ensemble», explique la réalisatrice. Dans cet enchaînement de scénettes tournées en plan-séquence, on suit la metteuse en scène Madame Loulou, cherchant désespérément les artistes de son cabaret. Mais voilà, les salles sont vides et les coulisses désertées.

Le film est parti d’un défi que se sont lancés les comédiens des compagnies Shiko Hito et Théâtre du Fil lorsque leurs projets ont été stoppés par la pandémie. Chaque matin, ils s’envoient une vidéo les mettant en scène, chantant et dansant à la sortie du lit. «On l’a fait pour se donner du courage, on ressentait le besoin de se soutenir mutuellement», souligne Zoé Cappon. Des vidéos à valeur documentaire qui débouchent sur un projet de long métrage de 68 minutes autoproduit.

Madame Loulou quitte donc les plateaux dépeuplés pour s’inviter chez ses artistes, et navigue d’un couloir du Grand Théâtre à leurs appartements locatifs comme dans un labyrinthe. À chaque rencontre éclot un texte, un chant et de la musique pour évoquer le manque des familles, le complotisme, la solitude des personnes âgées ou encore la peur de la maladie et de la mort. Dans leurs caves, cuisines et salles de bain, on retrouve Zoé Cappon, Julien Chaix, Patrizia D’Ambrosi, Dorothée Lebrun, Kate Reidy, Sophie Solo, Michel Barras et Charlie Houssay-Bilbille.

«Il y a quelque chose de bizarre à jouer chez soi, pour un public, décrit Zoé Cappon. Je ne crois pas que cela soit l’endroit idéal d’une représentation, cette intimité est intrusive, notre place est sur une scène.»

Loin de la complainte, «Ballade triste» est un témoignage. Celui des artistes, musiciens et comédiens écartés des planches qui ont vécu diversement cet été culturel étriqué. Il y a ceux chez qui la joie l’emporte et qui, en famille, chantent attablés au gré d’une fanfare. Il y a les déprimés, les abasourdis. D’autres qui, groggys, travaillent inlassablement leurs partitions, en costume, dans leur chambre ou leur salon.

«Nous avons gardé cette palette de caractères, confie Zoé Cappon. On a tout vu pendant cette crise; des artistes tombant dans la paranoïa à ceux dont l’isolement a servi leur inspiration. Mais l’impatience était présente en chacun de nous pendant le tournage. On ne voulait pas être pleurnichards.»

C’est donc le temps d’avant, celui du confinement, qui est projeté sur l’écran. Le cabaret pourra-t-il prendre forme, sur scène? C’est là la deuxième partie de ce récit, où l’on découvre Madame Loulou, et ses acolytes en chair et en os. Avec «Je reviens te chercher», sous la mise en scène de Loulou, exit les tracas et les solitudes. Place aux corps, à la joie et aux libertés retrouvées.

«Ballade Triste» et «Je reviens te chercher»
Film à 17h30 | Spectacle à 20h30, au Cinéma Spoutnik ,16 rue de la Coulouvrenière, à l’étage de l’Usine.

Réservations séparées sur le site internet de la Cie Théâtre du Fil

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