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«La stigmatisation du monde de la nuit est réelle»

Koris Dinh. Photo: DR

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DJ à travers le monde, producteur de musique électronique et organisateur du festival People in the City à Lausanne, Koris Dinh papillonne depuis plus de vingt ans dans le monde culturel de la nuit. Dans les clubs ou en backstage de grands événements comme le Caprices à Crans-Montana ou Electron à Genève pour qui il a travaillé, il s’y sent comme à la maison. Alors quand sa tribu est pointée du doigt, assimilée à un groupe à fort potentiel de transmission du Covid-19, il tique.

Fin juin, un club zurichois a bien fermé ses portes, mettant 300 noctambules en quarantaine. Mais pour Koris Dinh, il ne faut pas généraliser. «On trouve des super-propagateurs dans d’autres espaces publics. La stigmatisation du monde de la nuit est réelle. Au final on pourrait avoir la même proximité physique dans des salles de sport par exemple.»

Il y a quelques jours, alors qu’il mixait à l’Audio à Genève avec Kūn -son projet house-techno- il a observé les fêtards qui dansaient jusqu’au bout de la nuit. «Les gens se comportaient de manière très responsable. Une grande partie portait même des masques mis à disposition par les lieux. Les boites respectent les directives de l’OSFP», explique le musicien pour briser les idées reçues.

Pour lui, la fête n’est donc pas synonyme d’irresponsabilité civile. Et quand il apprend que par mesure préventive, le canton du Valais interdit les rassemblements de plus de 100 personnes dans les établissements après minuit, il est abasourdi. «Le raisonnement me semble incohérent.»

Le confinement n’avait déjà pas épargné les clubs, voilà que leur reprise se complique. «À ma connaissance, les clubs et festivals de musique électronique n’ont pas été soutenus financièrement comme lieux de culture. Par exemple dans le Canton de Vaud, nous ne sommes pas considérés comme appartenant au domaine artistique alors qu’à Zürich oui», explique Koris Dinh.

Avec ses associés, il a décidé de maintenir une version «adaptée» du People in the City, le festival qui remplissait depuis 12 ans le centre de Lausanne de ses beats enflammés. Cette année, il migre du 31 juillet au 1er août dans la cours d’Aquatis en dehors de la ville. «Sans Covid, on aurait pu accueillir 2000 personnes. Mais l’heure est à des fêtes plus communautaires», sourit l’organisateur de 40 ans. Après avoir augmenté les mesures de sécurité, l'événement a finalement eu l’autorisation d’inviter 800 personnes dans son antre. Objectif: faire perdurer l’esprit de la fête mais en respectant l’intégrité des festivaliers, scande le fondateur. «On a séparé la piste centrale en deux zones équivalentes avec entrées et toilettes indépendantes. Les groupes écouteront le même DJ mais ne vont pas se mélanger. Des agents de sécurité y veilleront», explique Koris Dinh.

Hormis le fameux DJ germano-chilien Ricardo Villalobos, les talents locaux auront la part belle de la programmation 2020. «On a toujours réservé le premier soir aux artistes suisses mais cette année, ils ont encore plus de sets. D’abord parce qu’ils sont excellents et vu les circonstances, c’était impossible d’inviter un DJ de Serbie ou d’autres musiciens confinés.»

Nouveauté: People in the City décide de reverser une partie de ses bénéfices à des associations. «Par les temps qui courent, on est tous sensibilisés à l’idée d’aider les autres. Vous savez, ce milieu ne fait pas juste la teuf!»

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