| | News

«La danse urbaine n'a pas attendu la crise pour souffrir d’un manque de revenus»

La danseuse Mamu Tshi. Photo: Lewis Gashaza, agence Faux rêveur

Ce témoignage est extrait de notre newsletter hebdomadaire «Le Point fort culture». C'est gratuit, inscrivez-vous!

Mamu Tshi, c’est son nom d’artiste. Mubulu, c’est son personnage issu de la culture Krump, un style de danse expressif organisé en battles que la jeune femme pratique intensément depuis sept ans, dont cinq à sillonner les compétitions à travers le globe. Né à Los Angeles dans les années 2000, ce moyen d’expression est traversé par les énergies vitales de ses performers. Il y a de plus en plus d’adeptes, y compris dans notre pays. «C’est une thérapie. Pour comprendre le Krump, il faut regarder au-delà de l’agressivité qui se dégage des mouvements. C’est puissant!», rappelle la danseuse de 29 ans.

La Vaudoise d’origine congolaise excelle dans la discipline. Elle vient d’être consacrée «Female European Krumper of the Year 2020» par ses pairs. Un titre international qui claque, une récompense qui lui permet de débuter 2021 sous de meilleurs auspices, après des mois plutôt rudes. «Comme tout le monde, je suis frustrée des incohérences et des incertitudes. On sait juste qu’on doit faire preuve de patience mais l’envie de se retrouver est forte», souligne celle qui est aujourd’hui artiste-partenaire au Théâtre Sévelin 36 à Lausanne.

Quête d’une reconnaissance des arts urbains. Bloquée dans son entraînement par les fermetures à répétition et le confinement, Mamu Tshi en a profité pour élaborer un projet inédit. C’est elle l’initiatrice de CAªUSE - pour Centre d’Arts Alternatifs Urbains Suisse Émergents - ce futur espace qui vise à célébrer et «visibiliser» l’ensemble de la culture underground. «Nous sommes en discussion avec la Ville de Lausanne pour trouver des lieux de travail. Le but est de faciliter la professionnalisation de la danse urbaine. Au passage, il faut casser l’étiquette fourre-tout de cette appellation et montrer la diversité des pratiques!» Le Krump n’est ni du Hip-Hop ni du Break Dance et vice-versa.

Et quand on lui demande l’impact financier du Covid sur sa profession avec les annulations et les perspectives enlisées en ce début 2021, elle répond simplement: «Le milieu urbain a toujours souffert d’un manque de revenus. Prenons le ‘Juste Debout’, l’une des plus importantes rencontres internationales dans le Hip-Hop à Paris. Chaque gagnant remporte 2400 euros, un des plus gros money price dans le domaine. C’est cool mais tu ne peux pas en vivre. La norme pour les danseurs et danseuses, c’est le système D», explique Mamu Tshi qui est aussi enseignante au secondaire. Aujourd’hui, elle souhaite se battre pour que les conditions des Krumpers s’améliorent en Suisse, à l’image d’autres arts vivants qui bénéficient de structures de soutien comme des syndicats.

De manière officieuse, on apprend que dans quelques jours, Mubulu aurait de fortes chances de remporter le titre de «Female World Krumper of the Year 2020». Et bam. Une nouvelle récompense pour la championne!

Cliquez ici pour voir des vidéos de Mamu Tshi

Cet article est réservé aux abonnés.

S'abonner

Déjà abonné(e) ? Connectez-vous

Lire aussi