| | News

Célébrer la musique baroque malgré la crise

Stephan MacLeod à la tête de l’ensemble Gli Angeli. Photo: Jacques Philippet

Ce témoignage est extrait du Point Fort Culture, notre newsletter consacrée à la culture et ses enjeux. C'est gratuit, inscrivez-vous!

Stephan MacLeod est chanteur (basse) et dirige Gli Angeli, qu’il a fondé en 2005. Cet ensemble jouant sur instruments d’époque est spécialisé dans les répertoires allant du 17ème au 19ème siècles, notamment connu pour son Intégrale des cantates de Bach (il en existe plus de 200). A l’occasion de la Journée européenne de la Musique ancienne, ce dimanche 21 mars, la formation se joindra à deux autres ensembles suisses, La Cetra Barockorchester Basel et Voces Suaves, pour une célébration filmée et diffusée en direct du Landgasthof de Riehen.

La Journée européenne de la Musique ancienne (Early Music Day) est une initiative du Réseau pour la Musique ancienne en Europe (REMA) dans le but de mettre en réseau les protagonistes de la scène européenne dans ce domaine et aider à la diffusion de ce produit de niche. A cette occasion, des concerts seront présentés un peu partout en Europe.

Les trois ensembles helvétiques, issus des deux côtés du Röstigraben, seront réunis sous l’enseigne de Pavillon suisse, l’émission co-produite par les chaînes de radio culturelles de trois régions linguistiques et présentée par trois animateurs dans leur langue respective. Un beau symbole pour porter la musique ancienne dans un moment de crise particulièrement difficile.

«Dans le domaine de la musique classique, la musique ancienne (c’est-à-dire grosso modo le répertoire composé jusqu’en 1750, ndlr) fait partie des secteurs les plus mis en danger par la crise à cause de la grande souplesse des structures, avec des coûts de fonctionnement très réduits, si l’on compare aux sommes que représentent des institutions de musique classique traditionnelle comme les maisons d’opéra et les grands orchestre symphoniques. Ces dernières sont d’énormes machines avec des coûts bien plus élevés, qui mettent davantage de temps à s’arrêter dans un moment de crise aussi terrible que celui que l’on vit en ce moment. On est aujourd’hui dans une situation où tout menace de s’arrêter à chaque instant.»

La musique ancienne est-elle vraiment une musique de niche? Stephan MacLeod évoque la spécialisation du répertoire, baroque en particulier, initiée dans les années 1950-1960 avec la redécouverte des instruments anciens. Les ensembles ont diminué de taille, pour être au plus près de la réalité historique, et l’instrumentarium s’est adapté. Cette spécialisation aurait complexé tout un pan du monde musical classique, qui n’ose plus jouer de musique baroque. «Ce qui pose un gros problème de légitimité et d’appropriation du répertoire par les différents acteurs de la vie musicale. Car en termes de subventions publiques et de fonctionnement budgétaire, ce sont les grands orchestres symphoniques qui se taillent de très loin la part du lion. Si la musique baroque est effectivement de plus en plus absente de la programmation des gros orchestres symphoniques, c’est quelque chose de très problématique.»

Ailleurs en Europe, il en est un peu autrement. «De niche, la musique baroque est aujourd’hui devenue un vecteur important de formations musicales. Dans des pays où il y a beaucoup de festivals comme la France, l’Allemagne, la Belgique et l’Espagne, la musique baroque se paie une part énorme de ces événements. Oui, c’est peut-être une niche, mais une niche très forte et puissante, qui vend beaucoup plus d’albums que certains autres domaines musicaux… Les grandes stars du disque des quarante dernières années sont pour beaucoup issues du monde baroque, comme Cecilia Bartoli et Philippe Jaroussky! C’est un mouvement assez central dans le monde de la musique classique aujourd’hui.»

Ce dimanche, l’ensemble Gli Angeli interprètera «Les Fontaines d’Israël» (Israels Brünnlein) (cliquez ici pour les écouter dans ce répertoire), un recueil de 26 motets (pièces chantées, écrites sur des textes liturgiques) composé par Johann Hermann Schein. «Schein est l’un de mes compositeurs de prédilection, explique Stephan MacLeod. Ces motets religieux sont importants dans l’histoire de la musique et me touchent pour plein de raisons. D’abord, cette musique est vraiment géniale, presque parfaite à mes yeux. Ensuite, et cela compte particulièrement pour moi: Schein était le Cantor de Saint-Thomas à Leipzig (le nom donné au directeur artistique du chœur de l’église, ndlr), exactement un siècle avant Bach. Il publie ce recueil en 1623, soit un siècle avant que Bach ne soit nommé au même poste.»

«Les Fontaines d’Israël» sont une collection de 26 madrigaux sacrés, c’est-à-dire des motets, destinés à l’usage de la liturgie, écrits en allemand. «Schein montre ainsi que la parole allemande, le verbe allemand, se prête au madrigal à l’italienne, qui est très central et important dans l’invention de la musique baroque. Ce recueil aura un impact très fort sur la manière dont on écrit des motets, voire la musique en Allemagne du Nord. Un jalon très précieux pour l’histoire de la musique.»

Cet article est réservé aux abonnés.

Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.