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Après «la peur», le Festival Histoire et Cité nous invite au «voyage»

S’évader et se tourner vers l’ailleurs. Le Festival Histoire et Cité part en voyage(s) pour sa sixième édition, qui a lieu du 23 au 28 mars 2021 à Genève et Lausanne. Rencontres, ateliers, expositions, films, le programme se déroule entièrement en ligne.

Pourquoi c’est actuel. Le choix du thème du voyage paraît aller de soi, une année exactement après la sédentarisation généralisée imposée par le coronavirus. Mobilité réduite, frontières fermées, peur de l’autre et de l’ailleurs, nous vivons depuis en pleine anti-thèse du voyage. La crise sanitaire mais aussi les considérations écologiques provoquent une véritable remise en question des voyages et de leurs fondements. Pourtant la thématique du festival date d’avant la pandémie, puisqu’elle est généralement choisie plus d’un an à l’avance. Un intelligent hasard.

Après la peur, le voyage. L’édition 2020 devait tourner autour du thème de la peur. L’ironie a voulu que le festival, prévu début avril, soit programmé une quinzaine de jours après le commencement du premier confinement. Il a donc été annulé – mis à part des projections de films à posteriori –, alors même que la peur prenait le pouvoir sur la vraie vie.

La question du report de toute la programmation sur 2021 s’est alors posée. Korine Amacher, co-directice du festival:

«On était vraiment désolés de perdre ce magnifique programme. On a beaucoup réfléchi et on s’est dit que de garder ce thème en mars 2021, alors qu’on était toutes et tous en train de vivre cette peur au quotidien, ça ne conviendrait pas. L’édition autour de la peur ira flotter dans notre imaginaire, mais n’existera pas.»

Remettre en question. Cette année, place donc au voyage, pour s’évader et rêver, mais aussi le remettre en question. Depuis quand voyage-t-on vraiment? Qu’est-ce qu’un voyage? «Voyager pour découvrir le monde, mais aussi le conquérir, cela implique la question de la colonisation – soulevée aujourd’hui par les études décoloniales –, du regard des Européens sur l’ailleurs», note la co-directrice, également professeure d’histoire de la Russie et de l’URSS à l’Université de Genève.

La programmation veut éviter l’unique regard ethnocentré, en abordant des visions européennes sur l’ailleurs, mais aussi non-européennes sur nous-mêmes.

Korine Amacher évoque aussi les voyages forcés, l’exil, «des phénomènes très violents» dont on ne peut pas parler comme d’un voyage. «Car ce ne sont pas des voyages, à savoir un projet qu’on entreprend, qu’on a envie de faire, qui est un choix».

Puis, il y a la question du tourisme. Rentre-t-il dans la catégorie du voyage? «Cette remise en question ne date pas d’aujourd’hui», explique-t-elle en évoquant la conférence proposée par Sylvain Venayre intitulée Un monde sans voyages, pour une mise en perspective historique de ses conceptions.

Voyager de mille manières. Le riche programme du Festival évoque les diverses formes de faire voyage:

  • Le déplacement géographique. Des grands voyages (Odyssée, Route de la Soie) aux pèlerinages, des récits de voyageuses (Ella Maillart, Sarah Gysler, George Eliot et Annemarie Schwarzenbach) aux migrations, des considérations biologiques (microbes, flore et minéraux voyageurs) aux formes artistiques (écriture, photographie et timbres).

  • Le voyage intérieur, «immobile», introspectif, avec les voyages imaginaires et les trips sous stupéfiants.

  • Le voyage dans le temps, de l’Antiquité à nos jours, en passant par les voyages de noces au 19ème siècle et les mariages internationaux au Moyen Âge.

  • La remise en question du tourisme et des représentations ethnocentrées, avec notamment une conférence autour de l’ethnologie et la haine du voyage, ou encore le tourisme sexuel.

Se rapprocher de la Cité. Le Festival, d’abord dirigé par Pierre-François Souyri, professeur d’histoire japonaise à l’UNIGE aujourd’hui à la retraite, est cette année placé pour la première fois sous une co-direction, que Korine Amacher partage avec Sébastien Farré, directeur exécutif de la Maison de l’histoire. Le but d’Histoire et Cité: rendre accessibles les sciences historiques à la Cité. «Une envie d’aller à la rencontre du public», précise l’historienne.

Toutes les activités sont gratuites et sans inscription, à l’exception des films. L’évènement est piloté par la Maison de l’histoire de l’Université de Genève, en collaboration avec l’Université de Lausanne, le Musée cantonal d’archéologie et d’histoire et la Bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne), avec le soutien de nombreux partenaires et le concours d’institutions valaisannes.

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Festival Histoire et Cité, du 23 au 28 mars 2021

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