Une première mine de lithium verra le jour en France

L’usine de Bikita Minerals au Zimbabwe, 20 mars 2018 est la seule mine en Afrique à produire de la pegmatite de lithium de classe mondiale. Le Zimbabwe est le sixième plus grand producteur de lithium au monde. | KEYSTONE/AARON UFUMELI

La ruée vers l'«or blanc» touche l'Europe. La France accueillera une première mine de lithium sur son sol, qui devrait équiper les batteries de 700’000 véhicules électriques par an.

La multinationale française Imerys — leader mondial des spécialités minérales — a annoncé, ce lundi 24 octobre, le lancement d’un projet inédit d’exploitation de lithium en France, plus spécifiquement à Echassières (à 300 kilomètres de Genève). Le chantier prendra place dans une ancienne mine à ciel ouvert existant depuis la fin du XIXe siècle, qui s’est jusqu’à présent spécialisée dans l’extraction du kaolin, destiné à la céramique.

En creusant plus profond, les prospecteurs espèrent dénicher un nouveau trésor. Des études de carottages prévoient la présence de concentrations importantes d’hydroxyde de lithium, à une profondeur de 35 à 75 mètres. Le gisement pourrait extraire 34’000 tonnes de lithium pendant vingt-cinq ans, selon les prévisions. De quoi équiper les batteries en lithium-ion de 700’000 véhicules par an. Un projet qui devrait coûter au moins un milliard d’euros, sans compter les études déjà réalisées pour 30 millions d’euros. La production débutera début 2028.

Pourquoi c’est intéressant. La transition énergétique est gourmande en minéraux, comme le cuivre, le cobalt et le lithium. Selon la Banque mondiale, il faudra augmenter leur production de près de 500% d’ici 2050 pour répondre à la demande croissante des technologies vertes et du passage au tout-électrique. L’Union européenne — qui souhaite généraliser l’usage de la voiture électrique d’ici 2035 — aurait ainsi besoin de 35 fois plus de lithium en 2050, d’après une étude publiée en avril par l’université de Louvain. Une situation que la Commission européenne a qualifiée de «critique» en 2020.

Pour répondre à ces besoins croissants des pays industrialisés, de nouvelles «mines vertes» voient le jour, et ce majoritairement dans des pays du Sud — générant souvent des conflits avec les communautés locales et la biodiversité. Les procédés d’extraction en Australie et en Amérique du Sud, ainsi que le raffinement en Chine, sont par exemple critiqués pour leurs impacts environnementaux et sociaux.

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Extraire des métaux, comme le lithium, dans un pays développé comme la France, permet de rapprocher la chaîne de production — ainsi que ses externalités — au lieu de consommation. L’ancienne ministre française de la transition énergétique Barbara Pompili avait d’ailleurs affirmé en février dernier qu’il est «nécessaire d’extraire du lithium en France», ainsi que de «mettre en place des contrats d’importation basés sur des règles environnementales et sociales.»

La société Imerys se targue de générer un tel circuit court, notamment grâce à une canalisation souterraine qui acheminera le minerai vers une gare à proximité, avant de la rediriger vers une unité de raffinement «située dans la région». Une production locale qu’Alessandro Drazza, directeur général d’Imerys, perçoit comme un pas en avant pour l’indépendance énergétique du continent européen, dans une interview avec Le Monde:

«Il s’agit de répondre au défi de la transition énergétique en offrant une solution pérenne de décarbonation tout en augmentant la souveraineté de la France et de l’Europe par la réduction des importations.»

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