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Bertrand Piccard: «Il y a 1000 solutions pour le climat!»

Bertrand Piccard avec le bateau "Hydroxy 3000" un bateau hydrogène de la HEIG-VD le 19 août 2020 à Genève. (KEYSTONE/Salvatore Di Nolfi)

Bonjour, c’est Bertrand à Lausanne, où je célèbre à ma façon, comme rédacteur en chef d'une newsletter spéciale de Heidi.news, le 5e anniversaire de l’Accord de Paris sur le climat.

Je me suis en effet lancé avec fougue dans la rédaction du Point du jour pour ce samedi 12 décembre, date du cinquième anniversaire de l’Accord de Paris. Tellement de fougue que j’ai écrit bien davantage qu’il ne fallait! Voici donc mon texte complet. Je suis preneur de toutes vos réactions, écrivez à redaction@heidi.news, qui me transmettra.

Avant tout, je tiens à dire que plutôt que de vous rappeler l’urgence environnementale, je m’intéresse aux solutions, car il y en a beaucoup, vous verrez!

Dans mon radar

La saine frustration de la COP21. En 2015, au milieu du tour du monde de Solar Impulse, j’ai participé comme invité de François Hollande à ces 10 jours de discussions à Paris dont le monde attendait tant. J’ai vu comment chaque détail sémantique, chaque virgule, fut âprement négocié. Comment les rapports de force se jouaient autour d’un accord surprenant entre Obama et Xi Jinping pour devenir les leaders climatiques. Et l’explosion de joie finale lorsque les 195 chefs d’Etats et de gouvernements se sont engagés à contenir l’augmentation de la température atmosphérique «bien en dessous de 2°C, si possible 1,5».

Tous les pays acceptaient d’amener dans les cinq ans une liste d’engagements appelés «Contributions Déterminées au niveau National», exprimant les efforts maximaux auxquels ils consentaient. Pour garantir le soutien des pays en développement, qui accusaient les nations riches d’être l’unique source du problème, un Fonds de 100 milliards de dollars par an devait être mis à leur disposition pour les aider à s’adapter aux conséquences des changements climatiques.

On voit déjà que plus personne n’était dans la prévention du problème, comme si le combat était déjà perdu, mais seulement dans la tentative d’en réduire les effets. L’objectif d’une neutralité carbone en 2050 et l’absence de buts intermédiaires contraignants montraient aussi la volonté cachée de refiler la patate chaude aux successeurs plutôt que d’agir tout de suite.

Pourquoi est-ce si compliqué? Au-delà des changements nécessaires à grande échelle, de quoi parlait-on? Comment sont perçus les changements climatiques? Comme un problème…

  • lointain dans le temps et qui concerne les générations futures,

  • difficilement palpable aujourd’hui par le public,

  • très cher à résoudre,

  • pour lequel il faudrait sacrifier ce à quoi on tient le plus dans nos habitudes de vie.

Pas facile de faire passer une telle pilule. Ne serait-il pas plus tangible de parler de pollution de l’air qui tue 8 millions de personnes par an, sans compter tous ceux qui souffrent de maladies cardio-respiratoires chroniques et qui pourraient être un proche? De parler d’épuisement des ressources naturelles, de tonnes de déchets abandonnés dans la nature, et des risques financiers que cela représente?

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Bertrand Piccard, sa femme Michelle, André Borschberg et l'équipe de Solar Impulse prennent la pause avec François Hollande sur le perron de l'Elysée en avril 2017. (AP Photo/Christophe Ena)

Mais le mérite des changements climatiques a quand même été de réunir la planète à Paris. Dans ce contexte, François Hollande m’avait demandé de lui préparer une manière différente de présenter la situation. A contre-courant, j’avais donc relevé l’opportunité lucrative de relancer l’économie par la modernisation des infrastructures, pour viser l’efficience des ressources plutôt que les sacrifices à exiger. Un manifeste en 7 points qui fut le fil conducteur de ma participation à ce sommet:

  1. Mettre en avant les solutions plutôt que les problèmes

Comment peut-on mobiliser les gens contre les changements climatiques si l’on continue à mettre l’accent sur l’ampleur du problème? Les discours alarmistes actuels nous font croire la situation sans issue. La mobilisation ne sera possible qu’à condition de mettre en avant les avantages tangibles qu’apportent les solutions propres existantes: nous pourrions aujourd’hui déjà diviser par deux les émissions de CO2 en remplaçant les vieux systèmes polluants par des technologies modernes et économes en énergie dans les domaines de l’industrie, de la construction, du chauffage, de la climatisation, de l’éclairage et de la mobilité.

  1. Ne plus présenter la protection de la nature comme une menace pour la mobilité, le confort ou la croissance économique

Demander des sacrifices sans aucun bénéfice immédiat en retour ne fait que susciter des résistances. Qui renoncerait à sa voiture en raison de la montée du niveau des océans dans 30 ans? Démontrons au contraire que chacun peut maintenir, voire améliorer son niveau de vie grâce à des technologies propres, peu coûteuses et accessibles, tout en réduisant l’impact de son mode de vie sur l’environnement.

  1. Parler d’investissements rentables plutôt que de coûts élevés

La protection de l’environnement ne doit pas être perçue comme coûteuse. En raison des besoins en produits et procédés plus respectueux de l’environnement, la lutte contre le changement climatique permet d’ouvrir de nouveaux marchés industriels, favorisant la croissance économique, les créations d’emplois et la réalisation de profits.

  1. Offrir une part du retour sur investissement aussi bien aux pays riches qu’aux pays pauvres

Si la lutte contre le changement climatique est présentée comme un sacrifice financier pour les pays riches et une menace pour la croissance économique des pays en développement, nous ferons face à l’opposition du monde entier. Investir dans les solutions d’efficacité énergétique et les énergies renouvelables est rentable pour les investisseurs et les consommateurs, à la fois des pays riches et des marchés émergents.

  1. Ne pas fixer d’objectif sans définir la manière de les atteindre

Lorsque les politiques déclarent vouloir réduire des émissions de CO2 de x% ou limiter à 2°C le réchauffement de la planète, ils ne font qu’exprimer un vœu pieux. Ils n’arriveront à rien sans définir clairement un cadre juridique, des procédures et des solutions technologiques concrètes pour atteindre ces objectifs.

  1. Conjuguer cadres légaux et initiatives privées

L’imprévisibilité des législations et le risque de distorsion de la concurrence empêchent trop souvent l’industrie d’investir spontanément dans une production plus propre. Dans nos sociétés, il existe des réglementations en matière d’éducation, d’hygiène, de santé et de justice, mais aucune en ce qui concerne le gaspillage de l’énergie et des ressources naturelles. Cela doit changer!

  1. Agir dans l’intérêt de la génération actuelle et non seulement des générations futures

Très peu de gens changeront leur comportement pour le bien des générations futures. Il nous faut démontrer que les transformations dont nous avons besoin peuvent d’ores et déjà produire un effet positif sur l’économie, l’industrie et la politique d’aujourd’hui.

Quoi de neuf après 5 ans? Avant tout, beaucoup de frustration. Seulement, loin d’être inutile, cette frustration a permis de faire bouger les lignes. Mais pas comme on pouvait s’y attendre.

A Paris, on avait l’impression que les États étaient en avance sur le monde économique, que c’étaient les entreprises qui résistaient. Aujourd’hui, on constate exactement l’inverse.

Les quatre conférences climatiques suivantes, malgré les efforts démesurés de leurs organisateurs, accouchèrent de nombreuses dissensions. Le consensus international volait en éclat, beaucoup de pays se trouvant dans des situations inconciliables. Comment accorder les éoliennes du Danemark avec les puits de pétrole de l’Arabie saoudite?  Et même à l’intérieur de l’Europe, le charbon polonais avec le photovoltaïque espagnol? Sans parler de la volonté de Donald Trump de punir la Californie et ses efforts écologiques. Les climato-sceptiques ont trouvé un deuxième souffle, alors que toutes les études scientifiques montrent qu’il n’y a aucune autre explication possible que l’activité humaine pour expliquer un si brutal réchauffement de l’atmosphère.

Les conséquences s’en avèrent plus catastrophiques d’année en année, augmentant de façon exponentielle, alors que nos efforts croissent de manière linéaire, creusant toujours plus le fossé entre ce que nous devrions faire et ce que nous faisons réellement.

Constatant que rien n’avance – si ce n’est les émissions de CO2 et les grèves des jeunes – des acteurs locaux et privés se sont emparés du problème. Certaines régions, comme l’Ecosse, annoncent vouloir atteindre la neutralité carbone 10 ans avant tout le monde, des entreprises forment des coalitions vertes, dans le textile, le transport maritime, l’industrie, la finance. Des Etats américains se sont opposés à Trump et ont décidé de suivre unilatéralement l’Accord de Paris. Des villes prennent les mesures qu’elles peuvent à leur échelle pour sortir de la paralysie. Oui, la frustration a réveillé le monde, cinq ans et quelques gigatonnes de CO2 plus tard.

Cette réaction bienvenue du monde capitaliste doit prendre de vitesse celle des mouvements écologistes pour éviter la radicalisation que l’on sent poindre. Il est fort probable qu’en ne prenant pas en compte le bien-être des populations et de leur milieu de vie, le système actuel risque d’être balayé par une lame de fond verte et populaire. Rappelons-nous du Tsar Nicolas II qui disait «J’ai tout fait pour la Russie» à Lénine, lequel répliquait: «Oui, mais rien pour le peuple». Il est vital de parler le même langage…

C’est pour cela que je cherche 1000 solutions! Je vous parle ici en tant que psychiatre davantage que comme explorateur, car je pense que l’on n’a pas assez utilisé le langage de ceux que l’on voulait convaincre. Le discours écologiste sur la nécessité de respecter le miracle de la vie et la fragilité de la nature est difficilement audible par des chefs d’entreprise qui ont de milliers de salaires à payer en fin de mois et par des politiciens qui doivent assurer leur réélection en réduisant le chômage. Pour moi, l’évènement fondateur de ce mode de pensée fut la réponse d’un parlementaire de droite auquel je présentais les technologies propres capables de créer de nouveaux débouchées industriels: «Voilà qui m’intéresse. J’avais très peur que vous veniez me parler de protection de l’environnement…» Cet homme m’a plus appris sur la politique écologique que tous les discours.

Heureusement, quelque chose a changé pour le meilleur: les technologies propres et les énergies renouvelables ont gagné en rentabilité de façon spectaculaire. L’électricité photovoltaïque au Portugal coûte maintenant le quart du prix de celle produite par énergie fossile ou nucléaire, et les investissements dans l’efficience de ressources peuvent être autofinancés par les économies réalisées.

C’est pour cela que j’ai lancé la Fondation Solar Impulse sur le défi de sélectionner 1'000 solutions technologiques, disponibles aujourd’hui, et capables de protéger l’environnement de façon financièrement rentable, dans les domaines de l’eau, de l’énergie, des constructions, de la mobilité, de l’industrie et de l’agriculture. Un groupe de 420 experts indépendants examine les dossiers qui nous sont soumis. Nous en avons déjà labélisé 875, qui sont autant de preuves que les outils existent déjà pour justifier des politiques énergétiques et écologiques beaucoup plus ambitieuses.

Car c’est là que le bât blesse. Les standards écologiques sont trop laxistes, encore basés sur les technologies d’autrefois. Ils permettent aux gros pollueurs de rétorquer que toutes leurs actions sont parfaitement légales. Avec l’utilisation de technologies efficientes rendues obligatoires, il n’y aurait plus d’excuses. Sur le plan économique, de surcroît, cela créerait un appel d’air pour le développement des start-up et autres entreprises créatrices d’emplois qui commercialisent des solutions technologiques modernes.

En point de mire, un nouveau tour du monde, le «tour du monde des solutions», pour encourager les chefs d’état et les grandes entreprises à adopter les mesures qui leur permettront d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Rendez-vous l’année prochaine, avec un point d’orgue en novembre à Glasgow pour la COP26.

Les trois infos qui comptent pour moi

L’argument inacceptable de la votation sur les multinationales responsables.Je ne suis pas juriste, et je ne sais pas si la mise en place du cadre légal aurait été facile. Peut-être que le contre-projet sera suffisant. Mais parmi tous les arguments respectables pour refuser l’initiative pour des multinationales responsables, il y en a un qui m’a glacé: «La place économique suisse souffrirait de l’obligation pour ses entreprises de respecter à l’étranger les droits humains et les normes écologiques de base». C’est vrai qu’il est moins cher à très court terme de produire en exploitant la main d’œuvre et en relâchant des produits toxiques dans la nature plutôt que de les épurer. Mais cela sonne comme une insulte contre notre pays et je m’en insurge: le Suisse a-t-elle vraiment besoin de ça pour prospérer? Alors que la prospérité ne viendra que du respect social et écologique!

Car les inégalités sociales ne sont pas seulement inacceptables moralement, elles sont aussi très dangereuses. Ceux qui n’ont rien à perdre finiront tôt ou tard par se faire entendre. La pérennité de notre modèle économique passe d’ailleurs par la stabilité sociale et la bonne gestion des ressources environnementales. La diminution de la pauvreté n’est-elle pas la meilleure manière d’élargir le cercle de clients potentiels pour notre économie?

L’Europe planche déjà sur un cadre légal très proche de celui de l’initiative. Ce n’est pas par idéalisme. La Suisse, par prudence, a perdu l’occasion d’être la première à bénéficier d’une bonne réputation dans ce domaine.

Des avions de combats contre un accord-cadre?Tout d’abord, dans un pays neutre, pourquoi ne les a-t-on pas appelés «avions de défense»? Mais ça, c’est autre chose. J’aimerais aborder le sujet sous un angle différent: l’angle politique. La Suisse est excellente quand elle négocie pour les autres, mais semble moins efficace quand il s’agit de négocier pour ses propres intérêts. Ses relations avec l’Europe le démontrent.

Aujourd’hui, nous devons renégocier une grande partie de l’accord-cadre qui va nous lier à nos partenaires européens. Ceux-ci s’impatientent, et affirment qu’ils ne feront pas davantage de concessions. En parallèle, nous devons choisir de nouveaux avions. Pourquoi vouloir séparer ces deux sujets? L’expérience montre qu’en combinant plusieurs problèmes on a davantage de chance de trouver des compromis qui contentent toutes les parties. Deux jets américains sont en lice, contre l’Eurofighter et le Rafale de nos voisins. Négocions de manière efficace sur ces deux dossiers simultanément. Obtenons un accord-cadre qui nous convienne en ayant le courage de lier les détails de cet accord au choix d’un avion européen.

A l’époque des Gripen, il y a une dizaine d’années, la Suisse rêvait d’entrer dans le G20 et de sortir de la liste des paradis fiscaux établis par la France. Nicolas Sarkozy, lui, rêvait de vendre ses Rafales qui n’avaient encore trouvé preneur nulle part. Si Eveline Widmer-Schlumpf (département fédéral des finances) et Ueli Maurer (département fédéral de la défense) s’étaient rendus ensemble à l’Elysée, l’ambition des deux pays aurait pu se réaliser. Seulement voilà, Ueli et Eveline ne s’entendaient plus depuis que cette dernière avait ravi le siège de Christophe Blocher au Conseil Fédéral. J’ai aussi entendu en haut lieu que «la Suisse n’a pas l’habitude de traiter plusieurs dossiers à la fois». Le gouvernement a donc perdu sur les deux tableaux: il a gaspillé sa monnaie d’échange avec la France et choisi le Gripen, qui a été balayé par la votation fédérale de 2014 car le Rafale était meilleur.

L’opportunité perdue il y a dix ans se répète maintenant. Évitons de refaire la même erreur!

Diminuer le CO2 est rentable.La nouvelle proposition de loi sur le CO2, obtenue de haute lutte aux chambres fédérales, vient d’être attaquée autant par les verts qui la trouvent trop laxiste que par la droite qui la trouve excessive. Et si l’on dépassait le clivage partisan habituel?

Loin d’être imputable à notre seule croissance économique, la plus grande partie des émissions de CO2 provient de la vétustéé et de l’inefficience énergétique de nos infrastructures: moteurs à combustion, bâtiments mal isolés, ampoules à incandescence, chauffage, air conditionné, processus industriels démodés. Pire encore, ce sont bien souvent des énergies sales que nous gaspillons ainsi. Le plus grand marché du siècle consisterait à remplacer ces systèmes polluants par des infrastructures modernes. Cela créerait des emplois, engendrerait des profits et stimulerait la croissance, mais une croissance propre, qualitative, bien préférable au statu quo sale d’aujourd’hui.

Le CO2 est un marqueur d’inefficience et de gaspillage!

Il a fallu longtemps pour comprendre qu’on pouvait découpler croissance économique et émissions de carbone, mais on peut aller encore beaucoup plus loin aujourd’hui.

On observe que les États qui décarbonnent le plus leur économie sont ceux qui accroissent le plus leur PIB. Pourquoi? Parce que le CO2 n’est pas simplement un facteur de changement climatique, c’est surtout un marqueur d’inefficience et de gaspillage, autant sur le plan financier que sur celui des ressources naturelles. Ceux qui ont les normes environnementales les plus strictes, qui mettent en place une taxe carbone ambitieuse et des obligations d’efficience énergétique deviennent plus compétitifs dans leur industrie, même à l’exportation.

Voilà pourquoi, même s’il n’y avait pas de changement climatique, diminuer les émissions de CO2 serait logique autant qu’écologique!

La Suisse, grâce à sa faculté innovatrice, doit jouer un rôle majeur dans ce domaine et devenir un exemple pour le reste du monde. C’est son esprit de pionnier qui lui a permis de quitter son statut de pays pauvre au 19e siècle. En construisant ponts, tunnels, assurances, banques et bons offices diplomatiques et humanitaires, notre pays est devenu une puissance économique mondiale. Maintenant que les autres pays sont capables de faire la même chose, la Suisse doit garder une longueur d’avance en devenant pionnière en matière de technologies propres et énergies renouvelables. Elle doit pour cela se doter de buts environnementaux beaucoup plus ambitieux qu’aujourd’hui, créer un cadre légal qui incite à utiliser les innombrables solutions qui croupissent dans les start-up, pour les tirer vers le marché́, amener les investissements et engranger les bénéfices. Ce ne sont pas davantage de réglementations qu’il nous faut, mais des réglementations modernes. Comme une loi sur le CO2.

Une de mes raisons d’espérer

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Ursula von der Leyen à Bruxelles en décembre 2020. (AP via POOL)

Le Green Deal d’Ursula von der Leyen.Avec l’effondrement de l’économie mondiale dû à la pandémie, des voix se sont élevées pour obtenir immédiatement le retour au «monde d’avant», ce monde fragile, inéquitable, polluant, inefficient, qui nous a conduit à autant de problèmes. Vous attendiez-vous à ce que la Commission européenne leur ferme la porte? Et pourtant c’est bien ce qu’elle a fait.

Sa Présidente, Ursula von der Leyen, fortement appuyée par ses collègues, a répondu par un plan financier d’une ampleur et d’un courage inédit, destiné à une relance propre. Le projet de budget soutient sans ambigüité la croissance verte, les énergies renouvelables, l’efficience de ressources, la création d’emplois dans les secteurs les plus écologiques. Même si les émissions de CO2 du Vieux Continent ne représentent que 9% de la totalité mondiale, l’Europe peut en ressortir modernisée, avec des bâtiments neutres sur le plan énergétique, une mobilité moins polluante, des infrastructures actualisées.

Cela fait longtemps qu’on parlait d’un Green Deal pour faire écho au New Deal que Franklin Roosevelt avait mis en place pour relancer l’économie américaine après le crack de 1929. Mais aujourd’hui, ce n’est plus par l’industrie conventionnelle qu’on pourra le faire, mais par le développement des technologies propres, infiniment plus prometteuses.

C’est un sujet qui me passionne et que je suis amené à suivre d’autant plus près que j’ai été nommé Conseiller spécial à la Commission européenne pour le futur de l’Europe.

Dans mon labo climatique

Un film suisse qui démonte les critiques contre les voitures électriques. Saviez-vous que les véhicules électriques ne contiennent pas forcément de terres rares, que les batteries au lithium se recyclent à 95%, que les enfants travaillant dans les mines extraient des composants pour vos téléphones portables et non pour vos voitures électriques? Le film «A contre-sens», réalisé par Jérôme Piguet avec l’écologiste Marc Müller et les journalistes Jonas Schneiter et Zelda Chauvet, nous donne juste ce qu’il faut d’explications technologiques pour comprendre de quoi on parle.

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Capture d'écran du film. DR

Mais son importance réside surtout dans le fait qu’il parvient à expliquer d’où viennent les campagnes de désinformation et les mensonges qui circulent, non pas sur les routes, mais dans les médias et les réseaux sociaux. Après avoir corrompu l’OMS pour faire croire que la cigarette n’était ni addictive ni cancérigène, ou inventé le mythe des armes de destruction massive en Irak, voilà d’autres lobbies qui voudraient affubler la mobilité électrique de tous les maux pour faire durer le statu-quo polluant le plus longtemps possible. Lesquels? Vous voulez la réponse? Alors regardez le film. C’est édifiant.

Solar Impulse continue sa mission écologique. Eh oui, après avoir moisi au fond d’un hangar dans l’indifférence générale, Solar Impulse 2 commence une nouvelle vie en Espagne. Heidi.news l’avait annoncé en mars déja. Une entreprise indépendante franco-italo-américano-espagnole va s’en inspirer pour fabriquer en série des plateformes solaires capables de rester en vol pendant des mois.

L’idée est de proposer à un coût moindre et de manière écologique des services qu’aujourd’hui seuls les satellites sont capables d’offrir:

  • observation et mesures météorologiques

  • aide aux agriculteurs (détection de maladies, de cultures trop ou trop peu irriguées, etc.)

  • télécommunications (wifi et GSM pour les régions défavorisées)

  • surveillance (fondamentale pour la sécurité et la promotion de la paix).

Certains crient au scandale en pensant que la Suisse est dépouillée de ses technologies. Ce n’est aucunement le cas, et l’article qui suit (sur H55) vous le prouvera. De toute façon, c’est un problème auquel notre pays aurait dû penser plus tôt. Mon père déjà, en 1958, avait été obligé de vendre son bathyscaphe à la marine américaine car il n’avait plus aucun financement pour continuer à plonger. Grâce à ça, le drapeau helvétique avait atteint le fond de la Fosse des Mariannes.

L’histoire se répète. La vente de notre avion permet maintenant à André Borschberg et moi de continuer nos activités, au sein d’H-55 et de la Fondation Solar Impulse.

H-55 réussit son deuxième tour de financement. En reprenant la propriété intellectuelle de Solar Impulse pour en créer une «spin-off», André Borschberg a cofondé H-55, une start-up basée à Sion et déjà forte de 30 employés. Le but est de développer des systèmes de propulsion électrique pour rendre le transport aérien commercial propre et silencieux.

Son premier produit, équipant le modèle biplace de la société tchèque Bristell, sera utilisé à partir de 2022 pour la formation des pilotes, à l’heure où les aéroclubs cherchent à résoudre les problèmes de voisinage.

Suivront ensuite d’autres systèmes électriques plus puissants pour équiper des avions de transport régionaux dès la fin de la décennie. H-55 vient de lever 20 millions de francs supplémentaires pour élargir son équipe d’ingénieurs à 50 personnes et assurer sa croissance.

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Une raffinerie près de Bagdad, en 2002. AP Photo/Jassim Mohammed

Si vous avez encore le temps…

… Lisez «Or Noir, la grande histoire du pétrole»! Quelle incroyable enquête. Il a fallu des années à Matthieu Auzanneau pour amasser dans son livre (éditions la Découverte) autant de documents, de preuves, de déclarations, qui font comprendre tous les évènements 20e siècle et les relations internationales sous l’angle de la phobie de manquer d’énergie et de la volonté de s’enrichir au maximum.

Un véritable thriller, avec enchaînements de coups d’Etats, de magouilles politiques, de corruption, de guerres et, au final, de millions d’innocents qui font les frais de la cupidité des dirigeants politiques et financiers. Cet ouvrage aurait pu s’intituler: «Aucun scrupule, pourvu que ça rapporte des dollars et du pouvoir».

On comprend que certains s’inquiètent de l’arrivée des énergies renouvelables qui permettent, par une production locale et décentralisée, l’accès du plus grand nombre à l’indépendance énergétique. C’est pourtant bien par là que passeront les nouveaux débouchés industriels, de même que la stabilité sociale et le développement économique des régions les plus défavorisées.

Les investisseurs institutionnels l’ont compris. Les actions des sociétés pétrolières commencent à ressembler aux actifs pourris de la crise des sub-primes de 2008. De quoi les encourager à chercher de la rentabilité ailleurs, dans les technologies propres.

Comme quoi le dernier chapitre de cet ouvrage remarquable reste à écrire.

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