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Le photovoltaïque de montagne est-il promis au même sort que l'éolien?

Installation d'un panneau solaire en altitude. | Keystone / GIAN EHRENZELLER

Faut-il interdire la construction de grandes installations photovoltaïques au sol en montagne pour «préserver la beauté du paysage» le temps qu’une législation ad hoc soit introduite? C’est ce que demande une motion parlementaire déposée par la conseillère aux Etats (Uri) Heidi Z’graggen, du groupe du centre, qui sera discutée au Parlement le 16 juin 2022. La députée demande la mise en place d’un moratoire, le temps que la Confédération légifère sur ces installations photovoltaïques au sol en altitude.

Pourquoi le timing est étonnant. Depuis l’automne 2021 se prépare une véritable crise de l’énergie en Suisse, qui a déjà frôlé plusieurs blackouts électriques, avec une vulnérabilité hivernale accrue du fait de sa sortie du marché européen de l’électricité, en l’absence d’accord-cadre avec l’Union européenne. D’autant plus que les barrages, fleuron national suisse, produisent davantage d’électricité en été qu’en hiver du fait de la fonte des neiges.

Dans le même temps, la transition énergétique vient accroître le besoin d’électricité décarbonée au sein de la Confédération. Actuellement, il lui manque toujours 40 TWh d’électricité pour assurer sa transition. La Suisse peut-elle se permettre le luxe d’entraver le développement de ses installations solaires, dans un contexte où l’éolien reste enlisé dans les blocages?

Lire aussi: Le casse-tête du mix électrique suisse, résumé par Roger Nordmann

De quoi parle-t-on. Des installations de plus de 5000 m² de panneaux solaires en montagne semblent gigantesques, et pourtant: de tels projets existent ou sont à l’étude. Par exemple:

  • Gondosolar, dans les Alpes valaisannes. Dans le village de Gondo, à 2000 mètres d’altitude, est envisagée une vaste ferme photovoltaïque sur 100’000 m², pour une puissance installée de 18 MW, ce qui en ferait la plus grande installation solaire de Suisse. L’installation doit fournir plus de la moitié de son électricité en hiver.

  • D’autres projets de haute montagne émergent, comme Alpinsolar, sur le barrage de Muttsee, à 2500 m d’altitude. Techniquement, il ne s’agit toutefois pas de photovoltaïque au sol, puisque les panneaux solaires sont installés directement sur le barrage. L’installation, qui couvre 10’000 m² pour une puissance installée de 2,2 MW, doit entrer en fonctionnement en août 2022.

Ce que demande la motion. Elle demande un moratoire sur les nouvelles installations, en attendant que le Conseil fédéral élabore un texte spécifique sur la construction, l’exploitation et le stockage d’électricité produite par ces grandes installations solaires (de plus de 5000 m²) au sol dans les régions alpines.

Au-delà du moratoire temporaire, la motion demande aussi à ce que le projet de loi prévoie:

  • Un principe selon lequel les installations solaires au sol doivent perturber le paysage le moins possible, et que celles-ci soient interdites dans les zones comprises dans les inventaires fédéraux de protection des paysages et de biotopes.
  • Que ces installations ne soient possibles que là où les infrastructures de desserte, transport et de stockage sont déjà adaptées (routes pour l’accès, lignes électriques…).
  • Que la construction sur des terrains publics ou privés soit soumise à une concession des cantons concernés, sur le modèle de la redevance hydraulique, avec durée d’exploitation limitée dans le temps et une garantie financière pour couvrir les frais de démantèlement ultérieurs.
  • Enfin, que la Confédération orchestre avec les cantons la planification en amont des sites potentiels.

Le Conseil fédéral, pour sa part, rejette le principe d’un moratoire et estime, dans sa position, qu’une telle réglementation supplémentaire n’est pas nécessaire. Ses arguments:

  • Le principe du démantèlement existe déjà dans la législation en vigueur,
  • Les aires protégées d’importance nationales sont déjà couvertes par la loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage, et, à ce titre, protégées contre de tels aménagements.

L’urgence face aux menaces de black-out hivernal. A-t-on encore ce luxe d’ajouter des étages technocratiques à la fusée? Contacté par Heidi.news, le conseiller national Roger Nordmann, membre de la Commission de l'environnement, de l'aménagement du territoire et de l'énergie (Ceate-N) et président du groupe socialiste, spécialiste de l’énergie solaire, ne décolère pas:

«Cette motion au milieu de la crise énergétique est un scandale.»

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