| | Interview

En 2020, les glaciers suisses ont fondu de 2%

Mesure de l'épaisseur de glace, glacier d'Aletsch | Matthias Huss

En une année, les glaciers suisses ont perdu près de 2% de leur masse. Les dernières données, présentées en octobre par les glaciologues du Réseau suisse de mesure des glaciers (GLAMOS) à l'Académie des sciences, établissent ici un constat tristement similaire d'année en année. Certains glaciers ont ainsi perdu près de deux mètres d’épaisseur en moyenne sur les 12 derniers mois.

Matthias Huss, glaciologue à l'Ecole polytechnique de Zurich (ETH Zurich) et à l'Université de Fribourg, est à la tête de GLAMOS, programme financé entre autre par MétéoSuisse dans le cadre du système mondial d’observation du climat (GCOS). Il revient pour Heidi.news sur ce que représente l'année 2020 pour les glaciers suisses.

Heidi.news — Comment est réalisé le suivi des glaciers?

Matthias Huss — Nous suivons principalement deux indicateurs de l'état des glaciers: leur bilan de masse et leur recul dans la vallée. Pour le bilan de masse, des relevés de changement d’épaisseur sont effectués sur le terrain en différents points d'un glacier à la sortie de l'hiver et à l'automne, puis les données sont extrapolées à l'ensemble du glacier pour estimer la quantité de glace perdue.

En ce qui concerne le recul des glaciers, la méthode est plus simple. Il s'agit de comparer la position du front d'un glacier avec la position notée l'année précédente.

Par rapport aux années précédentes, quel est le bilan pour 2020?

L'année est dans la moyenne de la dernière décennie. Globalement, elle s'inscrit dans la même tendance, sans pour autant atteindre les extrêmes qu'avaient représenté les années 2017 à 2019. Ces étés avaient été particulièrement chaudes, causant de fortes pertes de glace.

L'été 2019-2020 a été moins chaud, tout en restant à une température anormalement élevée. L’hiver a cependant été plus sec. De fait, peu de neige était présente sur les glaciers au printemps pour les protéger de la chaleur.

Que les pertes enregistrées en 2020 ne soient pas aussi intenses que celles des années précédentes, est-ce une bonne nouvelle?

Il s'agit d'une tendance générale. D'un point de vue statistique il est normal que de temps en temps une année soit moins catastrophique que les autres. Mais on continue globalement à observer une diminution de plus en plus rapide des glaciers.

Ce phénomène est-il homogène à travers toutes les Alpes?

Il existe des différences régionales. La perte est fortement marquée au Nord-Ouest des Alpes, entre Berne et le Valais. Par exemple, une de nos bases de mesure au glacier d'Aletsch a enregistré la plus forte perte de masse en un siècle. A l'inverse, en Suisse centrale, les glaciers ont moins perdus de masse, du fait de plus fortes précipitations en début d'hiver.

Quel intérêt à avoir intégré GCOS?

Nos séries de mesures couvrent au-delà des 120 dernières années. Mais il s'agissait surtout d'initiatives individuelles, de tel ou tel chercheur dans une institution ou une autre. Un changement de personne pouvait alors signifier l'arrêt de certaines séries. Maintenant avec un financement sur le long terme de l'état pour l'ensemble du projet, nous avons une certaine garantie de voir ces séries continuer sur de nombreuses années et de manière homogène, afin d'être plus facilement comparées les unes aux autres.


GCOS: de quoi s’agit-il?

Le Global Climate Observing System, ou système mondial d’observation du climat GCOS, coordonne depuis 1992 l’observation systématique du climat au niveau international et veille à ce que les observations et les informations nécessaires pour traiter les questions liées au climat soient obtenues et mises à disposition de manière libre d’accès et gratuite. Au niveau international, le programme est cofinancé par différents programmes des Nations-unies, dont l'Organisation mondiale de la météorologie, et le Conseil international pour la science.

C’est au sein de l’Office fédéral de météorologie et climatologie MétéoSuisse que le bureau helvétique du GCOS a été créé en 2006. Par ce biais, MétéoSuisse finance différentes activités assurant le maintien à long terme de séries de mesures et l’exploitation des centres de données à risque si aucune source de financement alternative n’est disponible ou si les sources de financement existantes sont inadéquates pour en assurer la continuité. En parallèle, MétéoSuisse alloue également des aides financières temporaires pour des projets contribuant au plan de mise en œuvre du GCOS et à la stratégie GCOS Suisse.

Parmi les activités suivies par GCOS Suisse, l'on retrouve les réseaux de surveillance des glaciers (GLAMOS) et du pergélisol (PERMOS) ainsi que la conservation de données climatiques et météorologiques anciennes (Euro-Climhist). Au total, ce sont 28 institutions nationales qui collaborent au sein de GCOS Suisse qui a dernièrement lancé un nouvel appel à projets, pouvant être soumis jusqu’au 1er février 2021.

newsletter_point-du-jour

Recevez chaque matin un résumé de l'actualité envoyé d'une ville différente du monde.

Lire aussi