OPINION - L'éolien revient sept fois plus fort pour résoudre l’équation électrique

Lionel Perret

Lionel Perret est le directeur énergies renouvelables de Planair et le directeur de Suisse Eole.

La semaine dernière a marqué un tournant pour l'énergie éolienne en Suisse, avec le cumul de trois nouvelles qui confirment son rôle de pilier hivernal potentiel de l'approvisionnement électrique national. On le sait, c’est en effet pour l’hiver qu’il est question de pénuries.

D'abord, la Confédération démontre avec une nouvelle étude que la Suisse est bien un pays favorable pour l'éolien. Le potentiel éolien a été recalculé en prenant en compte le couloir de vent d'altitude du plateau et l'évolution technologique. Résultat: sept fois plus qu'il y a 10 ans, soit une production de 29,5 TWh/an (la moitié de la production électrique actuelle), dont 19 TWh en hiver.

Cette étude s'intéresse au potentiel durable, prenant en compte les critères techniques, économiques et le respect des contraintes environnementales et sociales principales. Un total de 19 TWh en hiver, c'est deux fois plus que notre production nucléaire hivernale de 2021, et c'est autant de production hivernale que quatre EPR de dernière génération. Ainsi dans la famille des énergies renouvelables, l'éolien a le plus grand potentiel hivernal de Suisse. L'argument «il n'y a pas de potentiel en Suisse» est relégué aux oubliettes.

Ensuite, l'EPFL, au travers du visionnaire Christophe Ballif, démontre avec une nouvelle étude la complémentarité exceptionnelle en Suisse du solaire et de l'éolien. Si l'éolien et le solaire s'allient, ils ont la capacité de pouvoir remplacer le fameux ruban nucléaire (la production continue). Comment? En reprenant les recettes appliquées au solaire: en ne raccordant pas forcément les installations à leur puissance maximale, mais selon leur puissance idéale.

Les données des installations existantes le prouvent, l'éolien du Plateau, du Jura, des Alpes et des vallées propices aux vents thermiques se cumulent pour produire de l'énergie 99% du temps. En plus, éolien et solaire produisent essentiellement à tour de rôle. Il est donc possible avec un peu de stockage par un barrage ou un groupe de véhicules électriques de créer des équivalents de petits réacteurs nucléaires locaux, sans danger, sans déchets, et sans dépendance à une source de combustible nucléaire. Au diable l'intermittence, place à l'intelligence!

Enfin, Suisse Eole a présenté son plan d’action 2030 avec trois piliers de 2 TWh/an chacun, représentant 4 TWh/an en hiver dès 2030 avec onze mesures simples. Les 4 TWh en hiver, c'est la moyenne de nos importations électriques hivernales de ces 10 dernières années. Les 4 TWh en hiver, c'est deux fois plus que les nouveaux quinze projets hydrauliques potentiels en Suisse. Les 4 TWh en hiver, c'est ce qui menace notre approvisionnement de pénurie et fait de la Suisse le maillon faible européen pour l'hiver prochain.

Le plan s'articule autour de trois piliers équilibrés de 2 TWh:

  • D’abord accélérer les procédures des projets actuellement perdus dans leur labyrinthe de procédures.

  • Ensuite réautoriser des éoliennes uniques comme par le passé en Valais, pour de l'autoconsommation éolienne en complément du solaire, avec une procédure en repassant directement par la case permis de construire.

  • Enfin définir un concept national ambitieux, qui identifie de nouvelles zones propices pour l'éolien, sans exclure d'office comme souvent aujourd'hui des forêts ou des inventaires fédéraux.

Ça va nous coûter cher, pourrait-on se voir répondre! Mais produire du courant entre 8 et 15 centimes par kWh ne pourra plus jamais être qualifié de cher. C'est 5 à 10 fois moins que les prix de marché qui vont meurtrir notre économie l'année prochaine. Comme en France, les éoliennes suisse produisent toujours au prix fixé sur 20 ans, et restituent des millions à notre économie depuis plus d'un an. Si les procédures avaient été un peu plus rapides, nous parlerions même de milliards. C'est la formule magique de nos productions renouvelables locales, nous garantir une assurance contre des prix élevés pendant des dizaines d'années.

Les arguments principaux contre l'énergie éolienne sont donc maintenant tombés. Ça ne veut pas dire qu'il sera pour autant facile de développer l'éolien. En Suisse, comme partout en Europe, transformer un paysage ne peut pas se faire dans l'indifférence. Mais n'oublions pas que notre paysage actuel est celui d'une Suisse sous perfusion d'énergies fossiles: nous devons le réinventer. Pouvons-nous encore aujourd'hui être le talon d'Achille de l'approvisionnement hivernal européen, tout en refusant quelques concessions pour déployer notre plus grand potentiel d'énergie renouvelable hivernale?