«Vivre vite et mourir plus jeune»: le triste destin des arbres des villes

Arrache des arbres de Plainpalais à Genève en 2016 | Keystone

En ville, les arbres poussent et meurent plus vite que dans les campagnes, montrent des chercheurs de Boston (EN). Or ce cycle de vie accéléré affecte leur capacité à pomper le carbone de l’atmosphère.

Pourquoi c’est intéressant. Des villes comme Montréal, Vienne, Barcelone ou Marseille, ont lancé des programmes de plantation d’arbres pour réduire le phénomène d’îlot de chaleur urbain, ces élévations de températures localisées en ville. Les végétaux limitent aussi les inondations, améliorent le bien-être des habitants, et extraient du CO2 de l’atmosphère. Mais on évalue mal leur potentiel réel pour atténuer le changement climatique.

Ce que montre l’étude. Les chercheurs ont identifié et mesuré la hauteur et le diamètre de 3500 arbres de Boston (Etats-Unis), avant de les comparer des données récoltées en 2005-2006. Ils en ont déduit la croissance et la mortalité des arbres de la ville, qu’ils ont pu comparer avec celles des arbres de la forêt de Harvard, toute proche. Constat: en ville, le diamètre des arbres augmente en moyenne 4 fois plus vite qu’en forêt. En revanche, leur taux de mortalité est plus que doublé.

Le bilan. Parce qu’ils meurent plus tôt, les arbres des villes contribuent moins au stockage du carbone atmosphérique que leurs congénères des campagnes. Lors de la photosynthèse, ils pompent en effet le dioxyde de carbone (CO2) dans l’air et l’utilisent pour composer leurs tissus (comme la cellulose). Mais le carbone qu’ils en ont extrait retourne en partie à l’atmosphère à leur mort, sous forme de gaz émis par la décomposition…

Pourquoi c’est problématique. Les villes s’étendent. En 2030, elles devraient couvrir une surface trois fois plus importante qu’en 2000. Les stratégies de lutte contre les émissions de CO2 qui affectent le climat mondial parient sur les capacités des arbres à pomper ce gaz. Mais faire une place aux arbres en villes constitue une grosse dépense d’énergie.

Peter Brang, écologue forestier à l’Institut fédéral suisse de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL):

«La plupart des arbres dans les villes sont gérés de manière intensive en tant qu’individus précieux pour le bénéfice des personnes. Ils peuvent également être remplacés à un coût élevé. C’est une gestion exigeante.»

Or, malgré ces soins, la végétation souffre. En cause: le peu d’espace disponible pour les racines, des sols perturbés, un élagage excessif, des maladies, et des coupes décidées dès que leurs racines ou leurs branches menacent une infrastructure.

La morale de l’histoire. Les simulations effectuées par l’équipe américaine éclairent sur les stratégies les plus efficaces pour augmenter la présence des arbres en ville. Rien ne sert de planter à tout va si l’on ne préserve pas leur santé.

Ian Smith (Université de Boston), co-auteur de l’étude:

«Nous constatons que les initiatives de plantation d’arbres, à elles seules, peuvent ne pas suffire à maintenir la couverture arborée dans des villes anciennes comme Boston. Il est impératif de concentrer les efforts sur la préservation de la santé des arbres, afin d’accroître la couverture forestière et de maximiser le large éventail de services écosystémiques fournis par le couvert forestier urbain.»

Et en Suisse? Les villes n’ont pas lancé de programmes de reboisement urbain. Mais elles doivent préserver l’existant. Peter Brang:

«L’espace urbain est soumis à une forte pression car les besoins de la population (infrastructures, loisirs) et de l’économie (construction) sont très élevés et l’espace disponible est très limité. En outre, de nombreuses villes suisses ont déjà un couvert forestier élevé. Zurich, par exemple, a une couverture forestière de 25%. Enfin, planter des arbres en ville dans un pays dans lequel la superficie forestière augmente de toute façon, principalement dans les régions de montagne rurales, semble inutile.»

link

Lire l'article de PLoS One (EN)