Economies d’énergie: Berne demande aux Suisses de se serrer la ceinture

Image d'illustration | Keystone / CHRISTIAN BEUTLER

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«L’énergie est limitée, ne la gaspillons pas.» C’est le slogan de la campagne d’économies d’énergies préparée par le DETEC et le DEFR que la Confédération a lancé ce mercredi 31 août. Elle s’adresse aussi bien à la population qu’aux entreprises, mais reste toutefois basée sur le volontariat. Dans le même temps, les 40 partenaires issus de l’économie, de la société civile et des pouvoirs publics ont annoncé la création d’une Alliance pour les économies d’énergies afin de soutenir cet effort. Un site d’information, http://www.stop-gaspillage.ch, a été mis en ligne.

Pourquoi c’est important. La semaine dernière, le Conseil fédéral se fixait un objectif volontaire de réduction de la demande de gaz de 15% pour cet hiver – le même objectif que l’Union européenne. Mais l’exercice est périlleux, s’agissant d’un objectif volontaire: comment inciter les consommateurs, citoyens et entreprises, à se serrer délibérément la ceinture?

A l’occasion d’une conférence de presse donnée le 31 août, le Conseil fédéral, par les voix de Guy Parmelin et de Simonetta Sommaruga, détaille les principaux points de la campagne.

Le plan du conseil fédéral. Le 24 août, le gouvernement avait déjà présenté son plan en quatre étapes, en fonction de la gravité des pénuries. Il va de simples recommandations d'économies d'énergie à un contingentement strict dans le pire des cas, en passant par des restrictions dans certains secteurs.

Le bon moment pour des mesures fédérales. La cheffe du DETEC a ainsi déclaré: «Il est important que tout le monde fasse sa part pour que l’on puisse passer l’hiver. C’est le bon moment pour lancer la campagne, lors du retour de vacances, mais avant l’hiver.»

Roberto Schmidt, président de la Conférence des directeurs cantonaux de l'énergie, ne dit pas l’inverse:

«Il est important que les cantons agissent aujourd’hui, et pas quand l’hiver sera là. Les cantons sont conscients de la gravité de la situation, et savent qu’un approvisionnement énergétique sûr est essentiel à la population et à l’économie. Le Covid nous a montré qu’il fallait éviter d’avoir des règles différentes dans les différents cantons.»

La campagne s’accompagne d’un engagement à l’exemplarité de la part des administrations cantonales, ajoute Roberto Schmidt

La campagne. Elle distille des conseils aussi bien aux particuliers qu’aux entreprises. A la clé, des conseils — qui semblent souvent relever du bon sens. En plus du site stop-gaspillage.ch, elle s’accompagne d’une hotline téléphonique accessible au 0800 005 005 pour poser des questions.

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Flyer de la campagne, dans sa déclinaison pour les particuliers | stop-gaspillage.ch

Au bureau, il est recommandé de surcroît d’éteindre son ordinateur quand on ne l’utilise pas, de réduire la luminosité de son écran, et d’éteindre la lumière dans les pièces inoccupées.

Des gisements d’économie existent même pour des mesures qui semblent anodines, comme le fait d’éteindre la lumière en partant. Le 30 août, Le Temps montrait la surconsommation d’électricité pour l’éclairage par le secteur tertiaire, qui représente à lui seul 13% de la consommation nationale.

Une première étape avant la crise. Alors bien sûr, ces mesures peuvent paraître dérisoires et rappellent le fameux «faites pipi sous la douche». Mais «chaque kilowattheure, qu’il soit consommé ou économisé, compte», a martelé le conseiller fédéral Guy Parmelin.

C’est que pour l’heure, il ne s’agit que du premier étage de la fusée, rappelle Guy Parmelin, questionné sur la situation Ostral, qui ne devient active qu’en cas de pénurie avérée d’électricité.

«En cas de pénurie, nous lancerons d’abord des appels plus pressants avant d’en arriver là, et avant de passer à la bascule obligatoire des installations bi-combustibles (à gaz et à mazout, ndlr.).»

Car pour l’instant, l’heure n’est pas au contingentement, rappelle Guy Parmelin:

«Cette campagne a un seul objectif: éviter une pénurie de gaz et d’électricité. On parle d’une campagne de sensibilisation qui doit inciter à des gestes “faciles” pour économiser l’énergie. Mais ce ne sont pas de petites mesures qu’il faut commencer aujourd’hui et oublier demain! En cas de tensions, on pourra aller plus loin sur la sensibilisation avant de passer à l’étape suivante.»

Les priorités. Au final, cette campagne concerne principalement le gaz, dont l’approvisionnement a dernièrement été au cœur des tensions entre la Suisse et ses voisins européens, sur fond de guerre en Ukraine.

«La priorité, c’est pour l’instant le gaz. Une table ronde sur l’électricité sera organisée lundi prochain.»

Et pour cause: le chauffage représente 40% de la consommation de gaz en Suisse, d’où les appels de la campagne à baisser le thermostat des radiateurs, ou à privilégier les douches au bain. «C’est impossible d’y arriver sans impliquer les particuliers», a déclaré Guy Parmelin. Malgré la situation hétérogène du bâti, Simonetta Sommaruga rappelait:

«1°C en moins sur le chauffage permet d’économiser, en moyenne, 5 à 6% de consommation d’énergie.»

Le chantier est également politique: les projets d’ordonnance en cas de pénurie de gaz ont dans le même temps été mises en consultation. «Cela passe notamment par l’exemption du monitoring de la loi sur le CO2 pour les installations bicombustibles, dans l’hypothèse où elles soient obligées de basculer du gaz vers le mazout.»

Quid des foyers les plus pauvres? «Le Conseil fédéral est conscient que la hausse des prix de l’énergie frappe d’abord les ménages les plus modestes», avance Guy Parmelin, précisant que le Conseil fédéral n’estime pas nécessaire la mise en place d’aides financières à ce stade.

Dans tous les cas, la baisse des thermostats dans les immeubles ne devrait pas descendre sous les 19°C. «Il existe une jurisprudence du tribunal fédéral, selon laquelle en dessous, il peut y avoir défaut de la chose louée.»

Bilan des courses. Dans le meilleur des mondes, la Confédération n’aurait pas à déployer les prochaines phases de son plan. Mais le contexte géopolitique et économique international demeure incertain. Reste à savoir si le consommateur, destinataire final de la campagne d’information, même «sensibilisé», prendra suffisamment la situation au sérieux. Pas sûr, alors que les flyers lui demandent avant toute autre chose d’éteindre sa machine à café ou de cuisiner avec un couvercle…