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Des mots dans le gaz? Quand le lobby des énergies fossiles biaise le langage de la recherche

Unsplash / Patrick Hendry

Les centres universitaires financés par l'industrie fossile se montrent-ils plus favorables au gaz qu'aux énergies renouvelables dans les documents qu'ils produisent? Oui, selon une vaste analyse lexicale menée par trois chercheurs de l'Université Columbia.

La ruée vers le gaz contamine même les recherches académiques – et souvent au détriment des énergies renouvelables. C’est ce que suggère une récente étude publiée dans Nature Climate Change, grâce à des algorithmes ayant passé au crible le langage utilisé dans les rapports scientifiques. Verdict: les centres de recherche disposant de financements connus provenant du lobby des énergies fossiles parlent du gaz en des termes plus élogieux que les autres. Ou quand les biais transparaissent dans les choix lexicaux…

Pourquoi c’est original. C’est la première fois que l’on recourt à cette approche pour évaluer les biais dans le language des recherches sur l’énergie. Concrètement, il s’agit d’une «analyse des sentiments» — qui permet d’examiner si un texte contient des émotions positives, négatives ou neutres.

Les chercheurs ont ainsi examiné près de 1’200’000 phrases dans 1’700 rapports issus de 26 universités du Royaume-Uni, du Canada et des Etats-Unis. Parmi celles-ci, trois sont connues pour recevoir des financements des industries pétrolière et gazière: l’Université de Columbia — à l’origine de cette étude, celle de Stanford et l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT).

À noter toutefois qu’on parle ici de recherches qui ne sont pas soumises au processus habituel de relecture par les pairs, requis par les revues universitaires, précisent les scientifiques.

Le choix des mots. Il est important, puisqu’il contribue à façonner la discussion scientifique et politique. Deux exemples issus de l’étude pour s’en rendre compte:

  • Dans un rapport de l’Université de Stanford:

«L’Inde ne devrait pas être si prompte à rejeter le gaz comme un élément important de sa stratégie d'atténuation du changement climatique (et d'amélioration de la qualité de l'air locale).»

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