Réservé aux abonnés

Des arbres pour cacher notre paresse climatique? Pourquoi planter ne sauvera pas le climat

Premier pays forestier du monde, le Brésil ne participe pas au partenariat pour les forêst lancés pendant la COP27/Photo (autorisée) de l'exposition Amaziona de Sebastiao Salgado S

Les arbres capturent le CO2 et nous aident à envisager un avenir climatique plus serein. Mais la compensation carbone par la forêt, qui connaît un essor sans précédent, n'a rien de la martingale espérée.

La forêt fait florès. Un an après la promesse faite à Glasgow de mettre fin à la déforestation d'ici 2030, 25 pays et l’Union européenne ont lancé le 7 novembre le Partenariat pour la forêt et le climat dans le cadre de la COP27. Ils annoncent des milliards sur la table pour planter ou replanter, avec des relais comme une émission spéciale à la télévision française hier soir.

L’idée de planter des arbres pour capturer du CO2 est déjà à la mode dans les entreprises privées, les montants investis ayant quadruplé en deux ans. Leader en Europe, Reforest’Action est passé de 10’000 hectares plantés en 2019 à un rythme de croisière de 5000 hectares… par mois.

Mais sous les frondaisons, se profile une question qui fâche: et si la reforestation était surtout en train de devenir une bonne excuse pour éviter de réduire ses émissions?

Pourquoi ça se discute. Sur le papier l’idée de planter des arbres pour capturer le CO2 atmosphériques émis par les activités humaines ressemble à une solution miracle. Une tonne d’arbre séquestre jusqu’à 800 kilos de CO2. Planter un arbre envoie un message positif. Mais le diable est dans les détails :

  • Tous les projets de reforestation ne se valent pas et leur impact est difficile à mesurer.

  • Entre maladies, incendies et sècheresse, la durabilité du captage de CO2 par les forêts n’est pas garantie.

  • Pour compenser les 40 à 45 milliards de tonnes de CO2 émis tous les ans par les activités humaines que la nature ne peut absorber, il serait nécessaire de planter des forêts grandes comme des continents.

Cela ne signifie pas que planter des arbres soit inutile mais il y a des conditions. Explications.

La compensation carbone. Depuis le Protocole de Kyoto en 1997, les entreprises et les consommateurs peuvent compenser leurs émissions en achetant des crédits carbone qui financent des projets de stockage du carbone ou de réduction des émissions, et dont l’impact contrebalance un équivalent d’émissions.

C’est dans ce domaine que la compensation carbone forestière connaît actuellement un essor sans précédent. Stefan Brunner, responsable du développement chez le courtier en crédits carbone suisse Neon-Free, nous explique le principe:

«Monsieur et Madame Suisse émettent 14 tonnes de CO2 par an et par personne. Chaque année, un arbre élimine environ 12 kg de CO2 de l'atmosphère, ce qui compense environ 300 kg de CO2 pour une durée de vie moyenne de 25 ans. Autrement dit, il faut 47 arbres plantés pour compenser l'émission annuelle de 14 tonnes de CO2 par un Suisse.»

Pour y parvenir, Neon-Free a mis en place un système d’abonnement et de paiement qui aboutit à la plantation de 5 arbres par mois pour chaque utilisateur du compte auquel s’ajoute un arbre chaque fois que 100 francs est dépensé avec sa carte de paiement.

Capture d’écran 2022-11-08 à 08.46.48.png
L'explosion des crédits carbone volontaires./Forest Trends

Le boom. Le marché de la compensation volontaire des émissions s’est envolé en 2021 avec une multiplication par quatre des ventes de crédits carbone par rapport à 2020, à près de 2 milliards de dollars, selon Forest Trends.

Les projets forestiers représentent la moitié de ces compensations volontaires de carbone (1,3 milliards de dollars en 2021) devant les énergies renouvelables (479 millions).

Président de Reforest'Action, Stéphane Hallaire confirme:

«Depuis 2019, on assiste à une très forte accélération de la demande avec en plus une augmentation du prix des crédits carbone (de l’ordre de 4 dollars la tonne selon Forest Trends, ndlr.). C’est une bonne chose pour les projets forestiers qui coûtent de l’ordre de 20 euros la tonne de CO2 alors que c’est plutôt de l’ordre de deux euros la tonne pour ceux basés sur les énergies renouvelables. Avec des estimations entre 50 et 200 dollars la tonne de CO2 en 2030, les projets forestiers vont devenir plus compétitifs avec en plus les avantages de leur impact favorable sur la biodiversité et les populations autochtones.»

Les détails… Les projets de compensation carbone par la forêt ne sont pas tous égaux entre eux. Il faut distinguer trois catégories:

  • La déforestation évitée.

  • La reforestation avec la plantation d’arbres.

  • La restauration ou régénération de forêts existantes.

Selon des sources concordantes, les deux-tiers des crédits carbone du marché volontaire sont liés aux projets de déforestation évitée.

Réservé aux abonnés

Cet article est réservé aux abonnés.

Déjà abonné(e) ? Se connecter