Crise énergétique et crise climatique, les deux faces d’une même pièce

Vatché Garibian

Ingénieur de formation (EPFL), Vatché Garibian est entrepreneur et consultant dans le domaine de la finance climatique.

Planter des arbres pour compenser les émissions de notre prochain voyage: il est louable de vouloir annuler nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Cependant, déduire ces compensations des émissions qu’on génère n’a pas de sens, scientifiquement parlant, et n’a pas d’impact bénéfique crédible sur le climat.

La compensation pour s’acheter une bonne conscience à bas prix

Pour reprendre l’exemple des arbres plantés, on imagine en effet qu’ils vont hypothétiquement capter, progressivement et tout au long de leur vie, les émissions que nous envoyons aujourd’hui dans l’atmosphère, qui elles sont immédiates et bien réelles. Dans la lutte contre le réchauffement, la seule mesure qui compte est la concentration actuelle des GES dans l’atmosphère et son évolution à court terme.

Les mécanismes de compensation n’agissent pas sur cette concentration de façon immédiate. Ils ne servent donc qu’à s’acheter une bonne conscience à bas prix et sont même contre-productifs, car ils donnent l’illusion de pouvoir s’affranchir d’un travail de fond sur la baisse des émissions liées à nos activités.

Les renouvelables ne masquent pas l’augmentation des fossiles

Planter des éoliennes pour arrêter de brûler du gaz ou du charbon? Là aussi, la démarche de transitionner vers des énergies bas-carbone est louable et certainement plus bénéfique que la précédente, mais n’oublions pas pour autant la réalité des chiffres, qui doivent être regardés au niveau mondial.

Les problématiques de l’énergie et du réchauffement sont bel et bien des enjeux à cette échelle. D’après l’Agence internationale de l’énergie (IEA), l’hydraulique, l’éolien et le solaire représentent ensemble 5% de l’énergie primaire utilisée sur Terre. Les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), quant à elles, représentent plus de 80%, et leur part n’a pas baissé, au moins depuis 30 ans.

Au passage, on rappellera que le charbon est la source d’énergie qui a connu la plus forte croissance absolue depuis 2000, correspondant à une augmentation de 60%. Par conséquent, il est rationnellement difficile d’imaginer que les énergies renouvelables puissent être des substituts, à large échelle et à court terme, aux énergies fossiles.

Consommer moins d’énergie fossile, ça s’appelle la sobriété

Il est bien entendu nécessaire de transitionner vers des énergies renouvelables, mais cette démarche n’est pas suffisante pour atteindre les objectifs climatiques. Ainsi, on voit bien qu’au-delà d’une décarbonation de la production d’énergie, il faut aussi agir sur un ajustement, à la baisse, des besoins en énergie pour réduire l’usage de combustibles fossiles.

Dans le contexte de la crise énergétique actuelle, nous sommes justement amenés à repenser notre consommation d’énergie et nous nous rendons mieux compte aujourd’hui de l’évidence: modifier notre mode de vie pour consommer moins est la solution la plus rapide et la plus efficace à notre disposition.

Ça s’appelle la sobriété et ça consiste, pour illustrer, avec des exemples désormais bien connus, de chauffer nos logements à 19°C, arrêter les éclairages inutiles ou revoir la nécessité de nos déplacements.

Lire aussi: La sobriété, une cure détox pour se sevrer des énergies fossiles

Transposer ce sentiment d’urgence au climat

Il est intéressant de remarque que la crise énergétique nous fait accepter, assez naturellement, une certaine sobriété vu le sentiment d’urgence par rapport à ce qui se raréfie. Mais la lutte contre le réchauffement n’a-t-elle pas les mêmes besoins et la même urgence? C’est là que les deux crises, énergétique et climatique, se rejoignent et ne sont in fine qu’un seul et même sujet.

Chauffer moins et rouler moins sont surement plus rapides, plus efficace, et plus faciles, à mettre en œuvre que la compensation carbone. De surcroit, le bénéfice est immédiat, réel et certain, tant vis-à-vis de la crise énergétique que de la crise climatique.