«Blizzard du siècle» aux Etats-Unis: le réchauffement climatique en cause?

Des voitures au nord de la 84e rue à Byron Center, dans le Michigan, le 23 décembre. (Neil Blake/The Grand Rapids Press via AP)

Les Etats-Unis traversent le pire hiver en 60 ans, et déplorent déjà une cinquantaine de victimes. Le réchauffement climatique est-il derrière cet événement extrême?

Neige à profusion et mercure à -50°C... Les Etats-Unis se réveillent d’un Noël meurtrier: près d’une cinquantaine de personnes ont perdu la vie dans le pire tempête hivernale en 60 ans, surnommée «blizzard du siècle». Comment expliquer ce phénomène de froid extrême dans une planète en surchauffe? La neige ne devrait-elle pas plutôt se raréfier, comme en Suisse?

Sous le vent du vortex polaire. A l’origine de cette vague de froid se trouve un phénomène naturel: le vortex polaire. Il s’agit d’une gigantesque masse d’air froid située au-dessus du pôle Nord, au niveau de la stratosphère (10 à 30 kilomètres d’altitude), bordée de vent violents. Comme un cyclone au-dessus de l’Arctique, qui se charge à l’arrivée de l’hiver et donne des vagues de froid.

Or, cette masse d’air froid est sujette à variations. Un réchauffement soudain de la stratosphère peut déplacer le vortex et modifier la circulation des vents violents qui l’entourent, comme l’indique Météo France. A la fin décembre, celui-ci s’est déplacé plus au sud que d’habitude, ce qui s’est traduit par une incursion d’air glacé jusqu’aux Etats-Unis.

Et le climat là-dedans? Reste à savoir comment le vortex polaire évolue avec le réchauffement climatique, trois à quatre fois plus rapide en Arctique qu’ailleurs sur le globe. Cette question est au cœur d’un débat qui continue de diviser la communauté scientifique.

  • Une étude publiée dans la revue Science en septembre 2021 soutient que le réchauffement de l’Arctique devrait provoquer un «décrochage du vortex polaire», suscitant des périodes de froid extrêmes dans les latitudes plus méridionales.

  • Mais il n’y a pas de consensus au sein de la communauté scientifique, tant les phénomènes météorologiques en Arctique sont variables et encore mal compris, souligne le site spécialisé CarbonBrief dans une longue analyse.

«J'aimerais avoir une réponse claire», s’excuse Steve Vavrus, climatologue à l'Université du Wisconsin, dans les colonnes du New York Times . «Malheureusement, l'état des choses est encore ambigu.» Le débat, que les scientifiques qualifient de «sain» — il fait avancer la recherche — n’est donc pas clos.

Un air toujours plus humide. Dans un monde en surchauffe, on ne s’attend pas à des tempêtes de neige — plutôt à des Noël verts, comme c’était le cas en Suisse cette année. Et statistiquement, les surfaces enneigées à l’échelle de la planète sont bien amenée à se réduire dans le futur.

Mais il existe des subtilités:

  • Plus la température moyenne est élevée, plus les masses d’air peuvent se charger en eau, rappelle Kevin Reed, spécialiste en modélisation climatique à l’Université de Stony Brook (New York), dans une interview au New York Times.

  • Or, une atmosphère humide augmente la probabilité de voir éclater des précipitations intenses — ou, lorsque la température est négative, de violentes chutes de neige. Comme c’est le cas actuellement aux Etats-Unis.

Un monde qui se réchauffe en moyenne n’exclut pas la survenue d’événements climatiques extrêmes, y compris en hiver. Au contraire, il les favorise.