| Idées

Yverdon ou la déception de la démocratie

Fabien Feissli

Et si on nous avait menti? «La démocratie, c'est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple», nous promettait Abraham Lincoln, alors seizième président des États-Unis. Une belle utopie que les candidats à sa succession, 150 ans plus tard, font tout pour décrédibiliser. Qu'ils semblent loin, le peuple et ses intérêts, dans cette fin sans fin du règne de Donald Trump. Une cacophonie d'injures, d'attaques personnelles et de mépris des institutions qui a abouti à l'envahissement du Capitole cette semaine.

Lire ici le premier épisode: Une guerre de tranchées politique

Il serait facile de se gausser de la prétendue plus grande démocratie du monde, du teint orangé de Donald Trump et de son incapacité à reconnaître sa défaite. Mais à y regarder de plus près, il semble évident que le mal est plus profond. Qui se sent encore véritablement écouté et représenté par le pouvoir politique? De certaines communes romandes aux plus hautes sphères des gouvernements occidentaux, l'appareil démocratique est régulièrement ébranlé, non pas par ses détracteurs mais par le comportement de ceux qui sont censés le défendre: les élus, du moins certains élus. À tel point qu'il est devenu inéluctable de s'interroger sur la pertinence de ce système jadis érigé en exemple.

Yverdon: un choix qui ne doit rien au hasard

Pour tenter de comprendre les dérapages de la démocratie, nous avons pris un cobaye: Yverdon-les-Bains. Un choix qui ne doit rien au hasard. Que ce soit quand la Municipalité tente d'influencer la ligne éditoriale du journal local, quand le syndic acquiert des terrains pouvant rapporter gros ou, plus récemment, quand un communicant engagé par le PLR crée de faux profils sur les réseaux sociaux, on ne s'ennuie jamais à Yverdon.

Voilà près d’une décennie qu'une véritable guerre des tranchées empoisonne la vie publique de la deuxième ville vaudoise et paralyse son développement. «Ces clashs, c’est malheureusement la politique des années 2020», déplorent les spécialistes. Avec son équilibre gauche-droite très fragile, souvent proche du 50/50 et pouvant basculer à la moindre secousse, la capitale du Nord-vaudois fait figure de laboratoire idéal pour observer les maux qui rongent la politique actuelle.

Ici, les débats de fond sont sclérosés par les attaques personnelles, la majorité passe ses idées au forceps, négligeant les bienfaits du traditionnel consensus helvétique et une partie des élus souffre du manque de reconnaissance financière et sociale attribué à leur fonction.

Pour ne rien arranger, les soupçons récurrents de conflits d'intérêts, véritables ou fantasmés, monopolisent le peu d'attention que les électeurs portent encore à la politique locale. Un tableau bien noir avec comme seule éclaircie - pour ceux qui ne sont pas résignés - les élections communales du printemps. Un vote qui changera peut-être les hommes et les femmes au pouvoir mais qui ne réformera pas le système. Et nous ne ferons pas l'économie d'une réflexion sur son fonctionnement. Car aujourd'hui, si on demande l'avis du peuple, pas sûr qu'il opte pour la démocratie.

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