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«Vous nous avez ouvert les yeux»: les réactions à mon témoignage sur le racisme en Suisse

Genève, 9 juin 2020. (KEYSTONE/Salvatore Di Nolfi)

Vous avez été des centaines à partager mon témoignage de samedi passé sur le racisme en Suisse. Par SMS, par WhatsApp, par e-mail, sur les réseaux sociaux ou via le bouche à oreille… partout la même vague d’enthousiasme. Jamais je n’aurais imaginé un tel engouement, une telle réaction à mes mots, à ce que j’ai écrit avec mon cœur. Pour ça, je vous dis simplement «merci»!

Il s'est passé tant de choses pour moi en seulement 7 jours. Le point d'orgue fut incontestablement quand on m’a demandé de prendre la parole à la marche Black Lives Matter de mardi à Genève. Nous étions plus de 10'000, certains disent même 30’000 personnes. Les jeunes organisatrices (c’était surtout des filles et des jeunes femmes, mais aussi quelques hommes, vive cette belle génération, engagée et remplie d’espoir!) ont réussi à mettre en place quelque chose d’extraordinaire en un rien de temps.

Je ne veux pas en rester là

Nous marquons l'histoire de notre pays, et j’ai hâte de m’engager, de participer, de contribuer à faire évoluer les mentalités, pas seulement contre le racisme, mais contre la discrimination sous toutes ses formes. Rendre le respect de l'autre indispensable, un droit fondamental de tout un chacun. Je ne veux pas en rester là, laisser les choses revenir à la normale, c’est pourquoi j’assurerai dans les mois qui viennent un suivi régulier sur Heidi.news des conséquences de la mobilisation de ces derniers jours.

«Vous nous avez ouvert les yeux»... «Vous avez libéré ma parole»... «Je ne vous ressemble pas, mais je me sens concerné, je souhaite contribuer à changer les choses, faire évoluer les mentalités»… C’est la même urgence que j’ai retrouvée dans les réactions et les témoignages de la plupart de ceux qui m’ont écrit.

Je vous en partage donc ici une sélection sans attendre. J’ai demandé à toutes les personnes que je cite ici leur accord de voir leurs propos publiés.

Anonyme

Je vous félicite et vous remercie pour votre témoignage qui me touche, m’émeut et dans lequel je me reconnais. Quel courage! Originaire du Sri Lanka, adoptée et avocate, j’entends à peu de choses près les mêmes commentaires depuis mon enfance dans cette Suisse que j’aime énormément et qui nous a offert à mes sœurs (adoptées en Inde) et moi une magnifique vie.

«Toi ça n’est pas pareil», «mais vous êtes avocate?», «quel excellent niveau de français bravo», «vu vos origines vous devez être si fière d’être là», «on aurait jamais imaginé que votre fille ferait de telles études», etc.

Il me faut être contente de mon job, me rendre douloureusement compte que ma couleur de peau y est pour quelque chose dans telle ou telle situation, [soutenir] des regards ultra désobligeants puis soulagés quand parfois je mange seule avec mon papa blanc aux yeux bleus et que l’interlocuteur comprend que je suis sa fille, [entendre] des questions complètement inconvenantes encore quand on me voit avec le papa de mon mari («elle n’est pas là ta femme?»). Avec mon mari «ah mais elle est.... (mi gêné-mi fasciné)... ta femme?»; «il est marié avec une black», etc, etc.

Pas un juge, procureur de couleur, encore moins une juge ou une procureur, combien de femmes [de couleur] à des postes dirigeants? Associées dans des études d’avocats? Poste à responsabilité, même à l’Etat? Politiciennes élues?

Je fais partie des bébés volés au Sri Lanka dans les années 80, par un gouvernement suisse parfaitement au courant de la situation et si je ne me suis pas questionnée plus que cela pendant des décennies, je ne suis aujourd’hui plus d’accord de me taire, pas d’accord que mes enfants métisses aient eux aussi à subir des commentaires racistes ni cette peur, mais j’avoue que je suis assez démunie et seule!

Marc Münster, Berne

Merci infiniment pour votre texte, direct et sincère. En tant qu’homme suisse, blanc, j’ai besoin de ces mots pour aller de l’avant.

Miriam Njoku Poretti, Canada

J’habite au Canada et la décision de partir était pour protéger mes enfants du racisme en Suisse. Si j’étais accepté, en tant que femme noire, en Suisse, je ne serais pas partie. Bien sûr, ici aussi il y a du racisme, mais au quotidien ce n’est pas aussi violent et insidieux comme en Suisse. Je respire ici, après 20 ans en Suisse, comme en apnée.

David Rihs, Genève

Ce week-end j’étais avec une amie, en lui passant votre article elle était bouleversée. Pour la première fois elle a partagé son histoire que je méconnaissais. Votre parole en libère bien d’autres, des révélations en cascade et des échanges inattendus. Merci pour ce courage et merci d’ouvrir nos yeux

Stéphanie Foutugne, Lausanne

Pan dans le mille! Vos mots claquent et pourtant ils sont plein de pudeur.

Personne n’est raciste et pourtant vous avez raison, les noirs sont peu nombreux dans les comités de direction; personne n’est raciste et pourtant ce sont bien les noirs ou les arabes qui ne peuvent pas rentrer dans les boîtes de nuit. Personne n’est raciste, mais les noirs et les arabes subissent des discriminations sociales et économiques… en Suisse et ailleurs.

Et je pourrai continuer mais j’arrête là, je suis blanche et bien consciente de la couleur de ma peau et du privilège que j’ai car je ne change pas de côté quand des policiers patrouillent. Bravo pour votre article, il m’a touchée et du coup je me suis abonnée….

Et aussi, sachez le, je vais réfléchir au niveau de mon entreprise à ce que je peux faire pour CHANGER les choses et AGIR.

Anonyme

C’est fort. J’en ai les frissons. Je me retrouve pleinement à la lecture de ces lignes. J’ai toujours dit qu’une des raisons de mon amour inconsidéré pour Singapour, c’est que pour la première fois de ma vie, on ne me voyait pas comme un “noir, un “black”, mais simplement comme un non-singapourien.

Peut-être qu’aujourd’hui les gens saisissent mieux pourquoi je n’ai pas donné mon nom de famille à mon fils. Le fait d’être métisse, qu’on le veuille ou non, et bien cela peut pénaliser. D'où ce choix assez fort pour lui “simplifier” la vie.

Catherine Margairaz, Bournens

Je viens de lire votre texte, magnifique! Comme votre plume est belle, douce, émouvante, respectueuse et forte pour décrire ce que vous ressentez, ce que vous vivez, ce que vous endurez. J’ai honte pour mon pays mais je sais combien tout ce que vous décrivez si bien est vrai, hélas.

Philippe Eberhard, Genève

Dans une petite équipe comme la mienne, je me bats pour la diversité et l’inclusion, convaincu que cela fait partie de notre richesse comme de notre force. Mais je réalise en vous lisant que le chemin de croix est encore long à parcourir. En tous les cas, j’épouse vos pensées et me les fais miennes.

Nia Achab, Genève

Simplement merci pour votre article. Je suis née en Suisse de nationalité Tanzanienne. Votre article à vraiment raisonné. Encore merci !

Frédéric, Genève

Je voulais juste vous dire, et je sais que nous sommes nombreux, à quel point la mort de George Floyd ainsi que votre article m’ont bouleversé. J’ai grandi entre la Suisse et les Etats-Unis, vécu dans différents pays, dans des environnements multiculturels, multiraciaux, multireligieux, j’ai des amis de toutes races, cultures, milieux et religions.

La femme de ma vie est métisse.

Et pourtant, avant de vous lire, je n’avais pas saisi l’ampleur de sa souffrance, d’être femme de couleur en Suisse. Vos mots m'ont cloué sur place.

Aussi je voulais juste vous remercier, du fond du cœur, d’avoir pris la plume et osé cette démarche essentielle. J’espère qu’elle a été comprise par vos proches et qu’elle ne vous vaut que les marques de reconnaissance infinie que vous méritez. Merci de nous avoir ouvert les yeux, et d’avoir ainsi permis ces dialogues qui nous animent depuis. Prenez grand soin de vous.

Gilles Marmy, Genève

Merci beaucoup pour votre texte émouvant et inspirant. Comme vos amis dans l'un des derniers paragraphes, je ne me rendais pas compte que nos principes d'égalité étaient si peu incarnés. Comme pour le développement durable, si chacun y met du sien, on y arrivera. Merci d’avoir pris la plume pour nous stimuler à nous améliorer.

Anonyme

MERCI pour votre excellent point du jour au sujet du racisme en Suisse!

Je suis maman adoptive d’une jeune femme qui a maintenant 32 ans, est née en Inde et a été abandonnée devant un orphelinat à environs 6 semaines.

J’ai été très souvent témoin de ce racisme dont vous parlez envers elle. Sa couleur de peau est en effet très foncée. Pour compliquer la situation, elle est handicapée.

Nous avons aussi vécu des moments merveilleux en tant que famille multicolore. Et je me permets de partager avec vous l’un d’entre eux.

Notre fille fréquentait l’école enfantine et ses petits copains s’amusaient à toucher sa peau pour voir qu’elle était comme la leur. La maîtresse avait alors repris la chose en parlant de respect avec les enfants et avec leurs parents. Et elle m’avait dit espérer que ces contacts entre enfants seraient le meilleur antidote au racisme. J’espère de tout cœur que c’est vrai et qu’aucun des ces enfants ne soient devenus racistes.

MERCI à vous et MERCI à ma fille d’exister! En Suisse ou ailleurs, aucune importance. Chaque personne est unique et précieuse et digne d’être respectée.

Vincent Jendly, Lausanne

Je me souviens avoir eu une discussion avec un homme à Paris à propos du choix du mot « black » pour désigner une personne noire, systématique qui l’agaçait au plus haut point; ça a aussi toujours été mon cas. Comme « personne de couleur » ou « gens du voyage ». A mon sens, c’est déjà une forme de racisme.

Votre texte et votre histoire m’ont touché, je partage sur les réseaux sociaux. La triste actualité et comme vous l’évoquez, une probable disposition aux gens à être un peu plus ouverts ou conscients des choses devraient contribuer à faire changer les choses, j’en suis persuadé.

Anne-Marie Grobet

On ne peut pas se mettre dans la peau d’un.e autre. Cette question me poursuit depuis toujours. Ma grand-mère, japonaise, était aux Etats-Unis pendant la 2e guerre mondiale, veuve et de nationalité américaine. Elle n’a échappé aux camps d’internement réservés aux Japonais que grâce à des amis quakers. Elle n’a jamais parlé plus tard de ce qu’elle avait vécu pendant cette période de sa vie. Elle a vécu ses dernières années à Genève, petite vieille différente mal considérée qui aurait pu tant donner.

Pour cela, je vous suis reconnaissante de dire haut et fort votre souffrance. Vos mots sont libérateurs tant pour vous que pour ceux qui ont peur de la différence.

Anonyme

Votre article m'a beaucoup touché. Moi-même blanc, je vis avec une femme noire, qui m'a souvent répété que «je ne pouvais pas comprendre» ce qu'elle vivait. Et jusqu'à cette semaine, je me voilais la face: «mais non, le racisme n'existe pas en Suisse», ou «ce ne sont que des cas isolés». Elle avait raison.

Peut-on être raciste à son insu? Peut-on dire quelque chose de raciste sans être une personne raciste? Je ne connais pas les réponses à ces questions, mais je vous encourage à faire «tomber des nues» vos amis et collègues pour, petit à petit, progresser en tant qu'humains.

Pierre Ricq

Merci pour votre éditorial émouvant. Je ne pensais pas que ce genre de sentiment était possible en Suisse. Vous avez raison d’en parler.

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